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Redécouvertes en 2020 dans des archives issues de la propagande nazie, des photographies inédites de la rafle du billet vert refont surface. Prises en mai 1941 à Paris, elles documentent un épisode méconnu de la Shoah et ravivent aujourd’hui la mémoire de victimes encore largement anonymes.
Une découverte troublante
Un témoignage qui surgit du passé après 85 ans. Des clichés en noir et blanc de la Deuxième Guerre mondiale montrent des foules encadrées par des policiers français et allemands. Les photos ont dormi pendant des années dans les archives de la propagande nazie. Puis, de foire en brocante, elles passent sous les radars. En 2020, deux collectionneurs férus d’histoire les découvrent par hasard, comprenant immédiatement qu’il s’agit de la rafle du billet vert. Les photos sont remises au Mémorial de la Shoah, à la responsable de la photothèque.
« Alors devant moi, j’ai cinq planches contacts, cinq pellicules photos. C’est inestimable parce que ça n’existe pas, parce qu’on n’a pas de photographie », explique Lior Lalieu, Responsable du service photothèque du Mémorial de la Shoah.
Des images révélatrices
Les clichés ont été pris le 14 mai 1941. Aux fenêtres d’un gymnase parisien, des visages inquiets. À l’intérieur, 800 hommes parqués, tous juifs étrangers établis en France, ayant reçu un billet vert en tant que convocation de l’administration française pour examiner leur situation. Mais le piège se referme sur eux ; c’est en fait une rafle qui n’a pas dit son nom. Sous les yeux anxieux des enfants, les épouses sont sommées d’apporter un baluchon à leur mari avec quelques vêtements, une couverture, une gamelle. À l’époque, seuls six de ces clichés sont publiés par les nazis ; les autres seront censurés, jugés trop humains, trop empathiques, comme un couple qui pense dire au revoir alors qu’il s’agit d’un adieu.
Lior Lalieu précise : « Elles sont en larmes, avec un mouchoir sur le visage. On voit parfaitement que leur visage exprime une sidération, une perplexité. »
Un lien familial fort
Au milieu de la foule, un visage a été identifié. Devant le gymnase où s’est nouée la tragédie, son petit-fils se souvient du jour où il a reconnu sa grand-mère sur la photo. « Je suis à ce moment-là saisi devant l’expression tragique de ma grand-mère et je ressens de la compassion, cette solitude qu’elle a pu avoir face à cette histoire, et je ressens beaucoup à ce moment-là de proximité avec elle », confie Yves Niquil, petit-fils d’une victime de la Rafle du billet vert. Il a même retrouvé les trois carnets où sa grand-mère raconte en yiddish la rafle de son mari et la douloureuse séparation : « Dans ces écrits, il y a un mélange d’une certaine façon de surprise et d’effondrement et d’espoir. Puisqu’à l’époque, personne ne se doute de ce qui va se passer après. Elle ne le reverra jamais. »
Souvenirs d’une époque tragique
Rachel Jedinak avait 7 ans ce 14 mai 1941. Elle se souvient de ce billet vert qui est arrivé à la maison, convoquant son père. Elle témoigne : « Ma mère, qui a toujours eu beaucoup de prémonitions, lui a dit : ‘N’y va pas, c’est un piège.’ Il a dit : ‘Mes papiers sont en règle, je ne vois pas pourquoi je n’irais pas.’ Il voulait toujours rester dans la légalité. Il pensait que le pays des droits de l’homme les protégerait. J’étais dans mon petit lit d’enfant et je me souviens qu’à l’aube, il m’embrassait tendrement. Il est parti. Ça, l’image est restée gravée. » Son père, juif polonais, avait fait la guerre pour défendre la France en 1939. Il était persuadé que le pays allait lui donner la nationalité française pour récompenser son engagement. « Je trouve que c’est une infamie d’arrêter des pères de famille, que ces hommes, c’est vrai, sont de grands oubliés de l’histoire. »
Dans quatre jours, les photos seront exposées au Mémorial de la Shoah, avec l’espoir qu’un grand nombre de personnes identifient un parent, un grand-parent, car à ce jour, sur les 98 photos, seulement cinq visages ont un nom.
