Dans le 23h culture du lundi 1er juin 2026, la journaliste de franceinfo Anne-Marie Revol présente ses trois coups de cœur littéraires de la semaine.
Spécimen de Pauline Claviere
Ce livre, publié chez Grasset, est une véritable claque. L’écrivaine, bien que jeune, a déjà produit trois ouvrages et c’est son quatrième. Il s’agit d’un livre dont vous vous souviendrez très longtemps, comme l’indique l’exergue de Maxime Chattam : « À l’origine de mon livre, il y a une angoisse de mère, un geste a priori anodin que je fais chaque matin : déposer mon fils chez sa nounou. Et un jour, une idée est arrivée par effraction. Et si ce geste que je fais chaque matin le mettait en danger ? Si je ne faisais pas ce qu’il fallait ? En parallèle, j’avais eu vent d’une histoire d’un jeune homme qui était inquiété pour des faits d’exhibition sur mineur. Ces deux situations se sont télescopées dans mon esprit jusqu’à former une obsession », explique Pauline Claviere.
À partir de cette obsession, l’auteure construit un roman qui met en scène une journaliste de télévision, romancière, jeune mère et habitante de Marseille, qui s’inquiète de savoir si le fils de sa nounou ne serait pas pédophile. On se retrouve alors pris au piège d’une espèce de jeu de miroirs déformants, espérant que la fiction va l’emporter sur la réalité. L’histoire suit Elena, qui se réjouit d’avoir trouvé une nounou exceptionnelle pour son petit garçon, Lucas, jusqu’au jour où elle découvre que la nounou a un fils de 19 ans, en fuite, accusé d’appartenir à un réseau pédophile. Avant sa fuite, il a laissé derrière lui un journal de bord illustré, assez effrayant.
Ce journal commence par cette phrase : « J’ai toujours trouvé que les enfants sont de plus beaux humains que les autres ». La nounou confie ce journal à Elena, avec pour mission de démêler le vrai du faux et d’essayer d’innocenter son fils. En parallèle, Elena se souvient de sa meilleure amie, Laura, qui a disparu du jour au lendemain alors qu’elle était en sixième. Ce roman aborde un sujet extrêmement tabou : les violences sexuelles commises par des adolescents sur des enfants, ouvrant une boîte de Pandore. Pour les besoins de son roman, Pauline Claviere a interviewé un psychiatre à Sainte-Anne, dont le témoignage est particulièrement glaçant. Cela dit, malgré ce thème qui peut rebuter, sa plume est exceptionnelle : rythmée et ses chapitres ultra-courts, c’est un véritable tour de force.
Je marche à plusieurs de Rudy-Williams Kabuiku
On passe à un premier roman beaucoup plus léger. « Je marche à plusieurs », paru chez Fleuve Éditions, raconte l’histoire de Curtis, un jeune homme de 19 ans d’origine congolaise, purgeant une peine de prison au centre pénitentiaire de Loos-les-Lille, rebaptisé Los Angeles. Curtis nous fait visiter sa cellule, entre sa PlayStation, son livre de maths et ses toilettes entartrées, et il éprouve des difficultés à tuer le temps, enfermé 22 heures sur 24. La situation aurait pu perdurer si son avocate n’avait eu l’idée brillante de négocier une remise de peine contre l’obtention de son baccalauréat. Malheureusement, son bluff est énorme : libéré en juillet, il n’a rien révisé pour la session de rattrapage qui a lieu en septembre.
Plein de détermination, il annonce : « J’avais deux mois pour braquer mon putain de bac. » Le retour à la maison se passe mal. La nouvelle porte, en raison de l’intervention de la police, ne fonctionne pas avec ses propres clés et l’accueil de sa mère est glacial. Cependant, la chaleur de ses vieux copains illumine son quotidien. Après un léger temps de flottement, il recrute les meilleurs : Makeda, sa meilleure amie et cerveau de l’opération, Adem le don Juan, M. Diti le hacker de génie et Ange, chacun ayant une fonction pour l’aider à décrocher son bac. Kabuiku a un style direct, mordant, très drôle. Ses phrases claquent comme des uppercuts : « Devant la justice comme en musique, une note noire vaut deux fois moins qu’une blanche. » L’humour traverse chaque page; il aborde des thèmes forts tels que le racisme, la discrimination et les stéréotypes, sans pathos ni complaisance. Ce livre se lit au soleil cet été pour rire et redécouvrir les vertus de l’amitié.
Il paraît que d’Olivier Tallec
Nous terminons avec un livre jeunesse : « Il paraît que » d’Olivier Tallec, paru chez Pastel. L’histoire est rocambolesque : un écureuil avale accidentellement un pépin de pomme. On lui fait croire qu’il pourrait se transformer en arbre. Pour en avoir le cœur net, l’écureuil consulte ses amis, et chacun donne son avis sur les effets des pépins. Gunther la souris soutient qu’un pépin rouge fait de vous un arbre rouge, tandis que le hérisson affirme qu’un pépin de poire vous transforme en poirier.
Le pauvre écureuil se met alors à éviter de boire la pluie de peur d’arroser son arbre intérieur. Ce livre hilarant, imaginé pour développer l’esprit critique des enfants et démonter les mécaniques de la rumeur, est illustré par des dessins d’Olivier Tallec, toujours beaux et poétiques. C’est un auteur prolifique que j’ai beaucoup lu à mes enfants. Ce dernier titre est à lire à voix haute dès 3-4 ans.
