Face à la hausse persistante des prix du pétrole, exacerbée par la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement français a annoncé des mesures de soutien renforcé pour les secteurs économiques les plus touchés. Cependant, il reste ferme sur la question de l’argent public, refusant de rouvrir les vannes de manière trop large.
La guerre au Moyen-Orient s’installe, maintenant le prix du baril à des niveaux élevés et fragilisant de plus en plus l’équilibre économique de millions de Français. C’est dans ce contexte difficile que Sébastien Lecornu a révélé, le 21 mai, un dispositif de soutien élargi pour les secteurs durement affectés par la hausse des prix du pétrole et de ses dérivés. Les mesures comprennent une prolongation des aides existantes jusqu’à la fin de l’été, un élargissement du public concerné, et le doublement de la prime carburant pour les employeurs. Le Premier ministre a promis un véritable « changement d’ampleur et d’échelle », tout en s’engageant à ne pas aggraver le déficit public.
Prolongation des aides sectorielles
Bien que Sébastien Lecornu insiste sur le fait qu’il ne souhaite pas « changer de philosophie », il a validé l’abandon de l’approche mensuelle pour les aides. Ainsi, le gouvernement prolonge ces aides en juin, en juillet et en août, et potentiellement jusqu’à l’automne, pour des secteurs tels que la pêche, l’agriculture, le transport routier et le BTP. L’objectif est de « donner des perspectives à des pans entiers de l’économie », a-t-il souligné.
Le principe reste identique : les secteurs concernés bénéficieront d’aides sous différentes formes (remboursements sur factures, aides forfaitaires, subventions) équivalentes à environ 0,20 € par litre de carburant pour le transport routier et le BTP, de 0,30 à 0,35 € pour les pêcheurs, et de 0,15 € pour les agriculteurs. De plus, la portée des mesures s’élargit légèrement, permettant désormais au secteur du transport fluvial d’en profiter également, et augmentant le nombre maximal de salariés de 20 à 50 pour les entreprises du BTP.
Doublement de l’aide aux « grands rouleurs »
Une bonne nouvelle pour les « travailleurs modestes grands rouleurs » : le coup de pouce de 50 € accordé fin avril sera prolongé jusqu’en août et son montant doublé pour atteindre 100 €. Cela concerne les actifs modestes utilisant leur véhicule personnel pour des trajets professionnels, avec un minimum de 15 km par trajet ou 8.000 km par an.
Actuellement, les quelque trois millions de bénéficiaires potentiels n’ont pas encore reçu cette aide : les demandes pourront être déposées à partir du 27 mai sur le site impôts.gouv.fr. Rassurez-vous : l’aide sera versée de manière rétroactive.
La « prime carburant » passe de 300 à 600 euros
Pour le grand public salarié, l’une des annonces majeures de la journée concerne le relâchement des conditions de la « prime carburant » versée par les employeurs. Auparavant réservée à ceux capables de prouver l’absence d’alternative en transports collectifs, cette prime concernés environ 1,5 million de personnes.
À partir de juin, deux changements importants sont introduits : d’une part, la condition d’absence de transport collectif est supprimée, et d’autre part, le plafond de la prime sera doublé, passant de 300 à 600 € par an. Cette prime est exonérée de cotisations sociales pour l’employeur et d’impôt sur le revenu pour le salarié, ce qui la rend accessible à une majorité de salariés, même si les entreprises ne sont pas obligées de la verser.
De nouveaux bénéficiaires ciblés
« Nous n’abandonnerons personne », a martelé le Premier ministre. Le gouvernement élargit donc la liste des professions soutenues. Parmi eux, les aides à domicile verront leur indemnité kilométrique revalorisée pour compenser leurs frais professionnels, représentant environ 0,20 € par litre de carburant, soit un supplément d’environ 200 € par an pour une professionnelle parcourant 10.000 km annuels. Parallèlement, un dispositif de leasing social pour l’achat de voitures électriques « sans apport » sera également accessible.
Les indemnités de déplacement pour les fonctionnaires utilisant leur véhicule personnel dans le cadre de leur service seront également revalorisées. Entre le 1er juin et le 31 décembre, ils profiteront d’une majoration équivalente à 0,20 € par litre de carburant. Les enseignants remplaçants, les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et les agents hospitaliers sont notamment concernés.
Un geste a également été fait en direction des chauffeurs de taxi, qui bénéficieront, à partir du 1er octobre, d’une aide à l’achat « allant jusqu’à 5.500 € pour un véhicule électrique », selon le ministre des Transports, Philippe Tabarot. Attention, cette aide, qui sera disponible pour une « durée d’au moins trois mois », sera réservée aux véhicules électriques « assemblés au sein de l’espace économique européen », précise le ministre.
Pas de « baisse générale de la fiscalité » au menu
Le « quoi qu’il en coûte » est désormais révolu. Sébastien Lecornu a réaffirmé ce jeudi son refus de toute « baisse générale indiscriminée de la fiscalité sur le carburant ». Restant fidèle à son objectif de maintenir des aides « temporaires » et « ciblées sectoriellement », le Premier ministre a assuré que le dispositif de soutien sera « adapté » en fonction de l’évolution de la crise, afin de répondre au mieux aux besoins des secteurs les plus touchés.
La pression internationale se manifeste également. Quelques heures avant l’annonce du nouveau paquet d’aides, le Fonds monétaire international (FMI) a souligné l’importance d’une réponse « limitée, temporaire et ciblée ». En effet, à ce stade, le rythme de réduction des dépenses publiques est « insuffisant » pour ramener le déficit public sous l’objectif de 3 % d’ici 2029, met en garde l’institution.
