Avant, les enfants, c’était après la carrière. On n’avait pas le choix. Les propos de Marie Sempéré, ex-internationale française de 2007 à 2009 et consultante pour France Télévisions, soulignent le chemin déjà parcouru par les joueuses anglaises. Ces dernières affrontent les Françaises, dimanche 17 mai à Bordeaux, lors de la dernière journée du Tournoi des six nations 2026. Une « finale » que la sélection anglaise abordera amputée de trois championnes du monde 2025 : Abbie Ward, Zoe Aldcroft et Lark Atkin-Davies, toutes en congé maternité. Une situation bien implantée au sein des Red Roses.
La fédération anglaise a compris qu’elle sélectionnait des championnes, mais aussi des femmes, des mamans, qu’elle devait prendre en compte la globalité de ce que peut être la femme sportive aujourd’hui, abonde Safi N’Diaye, l’ancienne centre du XV de France qui a pris sa retraite sportive en 2022. Ce cas n’est pas unique, puisque l’Irlandaise Amee-Leigh Costigan est enceinte de jumeaux.
Les trois Britanniques, en congé maternité, restent intégrées au groupe des Red Roses, participant régulièrement aux séances de musculation, en adaptant leur entraînement et encourageant leurs coéquipières. C’est une image tellement forte pour les jeunes filles de montrer sur les réseaux sociaux qu’on peut être championnes du monde, enceintes et continuer à s’entraîner, s’enthousiasme Safi N’Diaye.
Trois d’un coup, c’est sûr, ça fait parler, confie Charlotte Escudero, la troisième ligne des Bleues à franceinfo: sport. C’est une véritable avancée et ça permet de faire bouger les mentalités et les instances. En Angleterre, depuis 2023, les joueuses de rugby internationales ayant un contrat fédéral bénéficient d’un congé maternité rémunéré à 100% pendant 26 semaines, sans compter des accords de gré à gré avec leur club, puisque leur championnat est professionnel.
De plus, elles bénéficient de fonds et de facilités pour que leurs enfants voyagent avec elles lors de leurs déplacements et stages avec le XV de la Rose. Cet accord a été élaboré en concertation avec l’association des joueuses de rugby (RPA) et les joueuses elles-mêmes, dont Abbie Ward a été la locomotive. La joueuse, qui a donné naissance à sa première fille en juillet 2023, insistait sur l’importance d’une politique forte pour aider à normaliser la maternité dans le sport. Sa fille Hallie la rejoint régulièrement sur le terrain, apparaissant au milieu des Red Roses.
De l’autre côté de la Manche, en équipe de France, Pauline Bourdon Sansus, demi de mêlée et la joueuse la plus capée du groupe actuel, porte également la casquette de maman. Sa femme a accouché l’été dernier d’un petit garçon. On avait envie d’être maman toutes les deux, confiait-elle au Parisien l’an dernier. On est à un moment, à 30 ans, où il fallait passer un cap. Cela rejoint aussi ce que déclare Agathe Gérou, la talonneuse bordelaise, qui a joué la dernière Coupe du monde en Angleterre au lendemain de la naissance de ses jumeaux portés par sa femme, après la naissance de leur petite Nina, âgée de quatre ans.
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On avait envie de fonder une famille et on avait convenu avec ma femme que c’est elle qui porterait au moins le premier enfant, explique-t-elle à franceinfo: sport. C’était plus simple car je n’avais pas besoin de faire une pause dans ma carrière ou de planifier la grossesse, ajoute la Lionne de 30 ans. Née en 2021, l’année de la Coupe du monde en Nouvelle-Zélande, la fillette a pu assister aux matchs de sa mère sous la tunique de l’équipe de France.
Le chemin n’a cependant pas été simple. On avait anticipé ce qu’on pouvait, engagé de gros frais pour que ma femme et ma fille puissent venir, se souvient-elle. Mais au moment de monter dans l’avion, j’apprends que les familles ne sont pas autorisées à entrer dans le hall de notre hôtel pendant toute la compétition. Cela a débuté des discussions entre la jeune maman et les instances du rugby, menant à la venue de Nina à Marcoussis lors de la préparation du Six Nations 2024.
On s’est vraiment lancées dans l’inconnu dans le rugby, même si d’autres sportives françaises ont montré la voie, notamment les handballeuses.
Agathe Gérou
C’est sûr qu’on est encore en retard en France, considère Safi N’Diaye. En Angleterre, Abbie Ward, c’est son deuxième enfant. Elle a montré que c’était possible lors de sa première grossesse, de faire une pause, d’accoucher, de revenir et de décrocher un titre de championne du monde. Les exemples sont légion chez les Black Ferns, mais la culture néo-zélandaise et les accompagnements diffèrent. Des joueuses comme Les Elder, Sosoli Talawadua et Huriana Manuel, tout comme Abbie Ward, ont également montré la voie du retour vers le très haut niveau.
L’Anglaise était de retour chez les Red Roses moins d’un an après avoir accouché pour disputer le Six Nations 2024, qu’elles ont remportée. Elle a également accepté de tourner un documentaire sur cette aventure extra-sportive pour montrer qu’on peut mener une carrière de haut niveau en ayant une famille, qu’on n’a plus besoin d’attendre sa retraite sportive pour avoir des enfants et les élever, confiait-elle au Guardian en 2024.
Les Anglaises sont aussi plus âgées que les Françaises, ce qui explique peut-être aussi ces trois grossesses, poursuit Safi N’Diaye. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut que l’une des joueuses de l’équipe de France se lance car tant qu’il n’y aura pas un cas concret, je ne pense pas que la fédération ou les clubs vont proposer quoique ce soit, réfléchit Marie Sempéré, qui a eu ses deux fils après la fin de sa carrière. Agathe Gérou et sa femme y ont songé, mais l’envie d’un second enfant est arrivée un an avant la Coupe du monde en Angleterre. Je ne pouvais pas l’envisager et revenir à temps pour jouer. Et puis, quand j’ai commencé, la grossesse était égale à retraite sportive.
Certaines filles m’ont posé des questions, et m’ont dit que ça leur faisait envie, se remémore Agathe Gérou. Mais notre calendrier international et notre rythme de vie sont difficilement conciliables avec la vie de famille. La Bordelaise est consciente des sacrifices consentis par sa femme, ostéopathe, pour qu’elle puisse jouer au rugby. Nos compétitions sont longues, minimum deux fois six semaines par an, sans compter les stages. De plus, les joueuses françaises n’ont pas de championnat professionnel, et seuls quelques contrats fédéraux, une trentaine pour le XV, permettent de jouer au rugby à plein temps.
On a réussi à décrocher quelques avancées en négociant, comme avoir notre salaire maintenu pendant 12 mois, et la possibilité d’amener notre enfant FONTE
