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La direction générale de la répression des fraudes a dévoilé ce matin les résultats de son enquête sur les plateformes de e-commerce. Malgré un renforcement des contrôles, elles sont loin de rentrer dans le rang.
Les plateformes de e-commerce sont perçues comme une hydre à mille têtes. Depuis un an, elles sont régulièrement critiquées pour leur impact écologique, économique et même sociétal. Les législateurs et les autorités tentent de s’opposer à ces géants qui inondent l’Europe de colis en activant différents leviers fiscaux, douaniers et communicationnels. La Répression des fraudes (DGCCRF) a triplé les contrôles sur les produits vendus, révélant les risques auxquels s’exposent les consommateurs friands de mode à bas prix ou de jouets abordables pour leurs enfants.
Les résultats de la DGCCRF, un an après ce triplement des contrôles sur le e-commerce, dressent un bilan alarmant. Trois quarts des produits contrôlés en 2025 ne respectent pas les normes européennes. Plus de 600 tests en laboratoire ont été effectués sur des articles provenant de sept plateformes étrangères, et 46 % d’entre eux ont été jugés « dangereux ». Ce chiffre est qualifié de « significativement haut » par la DGCCRF, bien qu’il ne puisse pas être généralisé à l’ensemble des produits vendus sur ces plateformes, les contrôles ayant ciblé seulement quatre catégories.
Produits à risque : jouets, sèche-cheveux, bijoux…
Les jouets pour enfants présentent un taux de non-conformité de 78 %. Quarante-deux pour cent des jouets contrôlés sont classés « dangereux », présentant par exemple des risques d’étouffement pour les jeunes enfants. Un tiers des bijoux examinés s’avèrent non conformes et également dangereux. En ce qui concerne les produits électroniques comme les sèche-cheveux, c’est même 100 % des produits contrôlés qui ne respectent pas les normes européennes, avec des risques d’incendie ou de choc électrique dans les trois quarts des cas. Les vêtements, quant à eux, affichent un taux de non-conformité de « seulement » 7 % (6 % jugés dangereux) en raison d’une surconcentration de contaminants chimiques, tel que le cadmium. Les marques Shein, Temu et AliExpress représentent à elles seules 19 % des achats de vêtements en ligne en volume.
Suite à ces contrôles, les produits jugés « dangereux » doivent être retirés de la vente, et la plateforme se doit d’informer les consommateurs ayant effectué un achat dans les six derniers mois. Cette contrainte réglementaire a conduit au retrait du marché de 100.000 produits en 2025. Bercy a déclaré : « C’est la première fois qu’on est confronté à des acteurs du commerce qui jouent avec les règles, ce n’était pas le cas auparavant. Nous devons nous adapter. » Cependant, le ministère n’a pas souhaité nommer les plateformes affichant le plus de non-conformités.
Pour lutter contre ces problèmes, le ministère de l’Économie et des Finances a mis en place la cellule interministérielle Vigicommerce, rassemblant plusieurs administrations. La Direction générale de l’aviation civile y est représentée car elle a des raisons de s’inquiéter des drones vendus sans contrôles sur ces plateformes. L’objectif est d’examiner de plus près les produits commercialisés en mobilisant l’expertise de ces administrations et d’améliorer l’efficacité lors de crises, comme celle liée aux poupées pédopornographiques découvertes sur plusieurs plateformes.
Vers une interdiction des plateformes ?
Est-ce suffisant ? Bien que Bercy ait considérablement renforcé le ton et cherche à agir au niveau de l’Union européenne pour lutter contre ces plateformes, les résultats préoccupants des contrôles réalisés depuis un an soulèvent des doutes quant à l’efficacité des dispositifs de protection des consommateurs. Bruxelles semble pourtant réticente à envisager une interdiction totale des plateformes affichant des taux de non-conformité aussi élevés. « Je ne pense pas qu’on ira jusque-là », souligne la DGCCRF, qui rappelle l’épée de Damoclès pesant sur ces plateformes : une amende pouvant atteindre 6 % du chiffre d’affaires mondial, considérée comme suffisamment dissuasive à ce stade.
Les contrôles renforcés des derniers mois permettent au moins de construire des bases statistiques pour qualifier un modèle d’affaires fondé, selon le ministre du Commerce Serge Papin, sur le « non-respect des normes ». Cependant, la promesse de « bonnes affaires » qui fait tourner la machine demeure intacte. Tant que le modèle économique de ces plateformes ne sera pas frontalement remis en cause, ces contrôles resteront un garde-fou, sans freiner leur essor.
