Toute cette semaine, Le Monde d’Élodie dresse le portrait de l’aventure, en partant à la rencontre de cinq explorateurs des temps modernes. Mercredi 29 avril 2026, nous découvrons la championne d’highline freestyle Salomé Cholet.
Chez Salomé Cholet, tout commence par un déséquilibre, un pas qui vacille, un corps qui cherche, une respiration qui s’ajuste et puis peu à peu, quelque chose s’aligne. Elle avance sur une ligne suspendue dans le vide et ce qui pourrait sembler impossible devient presque naturel, comme si, là-haut, entre deux points, elle trouvait une forme de justesse. Elle est vice-championne du monde de highline freestyle, une discipline où l’on marche sur une sangle tendue, parfois à des dizaines, voire des centaines de mètres au-dessus du sol. Un espace où il n’y a plus de décor, plus de repères, seulement le corps, le vide et ce qui se passe à l’intérieur.
Que ressentez-vous sur la ligne ?
franceinfo : Quand vous posez le pied sur la ligne, qu’est-ce qui se passe dans votre corps ? Est-ce que tout s’accélère ou est-ce que tout ralentit ?
Salomé Cholet : Je dirais plutôt que tout ralentit. Quand j’arrive sur la ligne, d’un coup, j’oublie un peu tout ce qui se passe autour et je suis juste dans le moment présent. C’est un sentiment de liberté infinie. Dans ces moments-là, on arrive sur la ligne et il n’y a plus que le moment qui compte et les figures ou la traversée qu’on est en train de préparer.
Découverte de la highline
À quel moment avez-vous découvert cette discipline et cette envie d’aller vous suspendre quasiment au-dessus du sol, comme une funambule ?
J’ai découvert la highline très jeune, je devais avoir 13 ou 14 ans, mais à l’époque, c’était encore un cercle beaucoup plus fermé qu’aujourd’hui et je n’y ai pas eu accès. Ce sont des années plus tard, quand j’ai eu 18 ou 19 ans, que j’ai rencontré quelqu’un qui m’a fait rentrer là-dedans, qui m’a permis d’essayer. Pour moi, ça a été une révélation.
« Je me sens tellement bien là-haut et contrairement à ce qu’on pense, je ne risque pas tellement ma vie là-haut non plus. »
Salomé Cholet
Tout est tellement sécurisé et c’est ce que j’adore, notamment dans le freestyle. J’ai toujours aimé les sports freestyle, et la différence entre la highline freestyle et n’importe quel autre sport freestyle, c’est que, quand on chute, on chute dans le vide.
À la recherche de sensations
Est-ce que vous avez cherché une sensation ou est-ce la sensation qui est venue vous chercher ?
C’est la sensation qui est venue chercher. Ce n’est pas la recherche d’adrénaline, parce que souvent, on me dit que je suis courageuse, que je cherche l’adrénaline. Le courage, c’est quand on dépasse ses peurs. Moi, je n’ai jamais eu peur de la hauteur, je n’ai jamais eu peur du vide, j’ai toujours aimé ça. Donc en fait, ce n’est pas la recherche d’adrénaline, c’est plutôt une recherche de liberté et une recherche, en fait, de pouvoir utiliser mon corps et mon esprit entièrement. Quand je suis sur la highline, ce sont les seules fois où vraiment, j’ai l’impression que tout mon être est connecté dans une seule activité.
Les doutes et le silence
Qu’est-ce qui vous fait douter alors ?
J’ai un peu toujours eu ce syndrome de l’imposteur, dans tout ce que je fais, que ce soit dans mes études ou dans mon sport, parce que ça a toujours été, on va dire, un peu trop facile. J’ai toujours eu les bonnes opportunités au bon moment, ce qui a fait qu’au final, j’ai toujours eu un peu ce sentiment d’avoir toujours eu de la chance. Je ne me suis jamais sentie trop légitime, jusqu’à ce que je me retrouve à accomplir des choses et à rencontrer des personnes qui ont su me montrer qu’en fait, ce n’était pas que de la chance et que je pouvais être fière de moi et avoir confiance en moi.
Il y a un silence là-haut, inévitablement, plus on monte, plus le silence est là. Est-ce que ce silence vous isole ou est-ce qu’il vous relie à quelque chose de beaucoup plus grand ?
Ça dépend des moments, mais un des meilleurs moments silencieux que j’ai vécus, c’était au milieu d’une ligne d’un kilomètre. Donc, par rapport à la configuration des lieux, on était à 500 mètres du sol et des deux ancrages. À ce moment-là, tu as une réalisation, tu es là, debout au milieu de rien, sur une sangle de 2,5 centimètres, tu regardes à droite, à gauche et partout, et tu te sens minuscule. Tu as vraiment cette impression de ne rien être et en même temps, tu es là et tu fais partie de ce rien. Ce sont des moments qui sont assez incroyables sur les grandes lignes et c’est ce que j’aime beaucoup.
Un projet audacieux à venir
L’idée, c’est toujours d’aller plus loin, encore et toujours. Vous travaillez de plus en plus avec des parachutistes dans des environnements encore plus engagés. Je crois que vous avez un vrai grand projet à venir, lequel est-il ?
Il y a une chose dont j’ai toujours rêvé, c’est de faire de la highline avec un parachute sur le dos. Donc, je me suis lancé dans le parachutisme il y a un an et demi maintenant.
« Grâce à ma progression et grâce à mon nouvel entourage de parachutisme, je suis en train de monter un projet pour être la première personne à marcher sur une slackline tendue entre deux parachutistes pendant la chute libre. »
Salomé Cholet
C’est un projet qui me tient énormément à cœur, techniquement, c’est facile parce que j’ai l’équipe. Financièrement, c’est un peu plus compliqué, mais c’est un projet qui me fait rêver et qui fait rêver de plus en plus de gens, et je trouve ça génial.
Vivre avec la highline
Est-ce qu’on descend un jour de la ligne ou est-ce qu’on apprend simplement à vivre avec ce fil invisible, même une fois revenu au sol ?
Je crois qu’on apprend à vivre avec, parce que j’ai beau ne pas avoir fait de highline ces derniers mois, j’ai toujours dans un coin de ma tête ces moments et c’est vraiment une sensation que je n’ai jamais eue, même en parachutisme, même dans tous les autres sports que j’ai pu pratiquer. C’est un peu un mode de vie, ça a complètement redéfini qui j’étais et je sais que c’est une partie de moi aujourd’hui.
