Israël et l’Iran ont des déclarations inverses sur les capacités balistiques de Téhéran. Comment y voir plus clair au milieu des propagandes ?
L’Iran riposte et le fait savoir tous les jours depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Téhéran frappe contre les pays du Golfe et jusque dans les centres-villes israéliens. Mais, d’après Benyamin Netanyahou, l’ennemi iranien est à bout de souffle. « Nous prenons des mesures pour détruire les missiles balistiques et les programmes nucléaires. À présent, je peux vous annoncer que l’Iran n’a, aujourd’hui, plus les capacités d’enrichir de l’uranium, ni les capacités de produire des missiles balistiques », a déclaré le Premier ministre israélien le 19 mars dernier. L’annonce est aussitôt démentie par des analystes pro-Iran. Alors, qui dit vrai ? L’Iran sera-t-elle bientôt à court de missiles ?
La production de missiles est l’un des secrets les mieux gardés de l’armée iranienne. Pour déceler une tendance, il faut collecter des indices en scrutant des images amateurs ou provenant de satellites. Une analyse topographique de cet incendie derrière cette montagne révèle, par exemple, qu’il a lieu dans une importante usine de production de missiles. Mises bout à bout, toutes les données permettent à l’ISW, un institut en lien avec le ministère de la Défense américain, de décrire une tendance.
Une Évaluation des Capacités
« Parmi les usines touchées par les frappes, il y a celle de Shahroud. C’est une usine où l’Iran comptait fabriquer ses ogives nucléaires et les lancer depuis là-bas. C’est difficile de trancher sur l’effet global que ces destructions vont avoir sur les capacités iraniennes de produire des missiles, mais on peut dire que le programme s’est détérioré », souligne Kelly Campa, cheffe de l’équipe Moyen-Orient à l’Institute for the Study of War. Résultat : il y a de moins en moins de frappes iraniennes contre les pays du Golfe, comme les Émirats arabes unis. En trois semaines, l’Iran est passé de 137 missiles et 332 drones lancés à 7 missiles et 16 drones.
Mais l’Iran a un stock accumulé de missiles depuis des décennies, qui est difficile à évaluer. « La capacité de production, et donc pour les Iraniens de lancer des salves massives de missiles, notamment de missiles balistiques, a largement décru. Par contre, et c’est là où le point de vue iranien entre en compte — il est aussi valable —, on a une vraie capacité résiduelle de frappe. Parce que le mix des moyens utilisés a évolué. On est moins vers de la salve de missiles, et plutôt sur un mix de drones et de missiles, à l’image de ce qu’on voit finalement en Ukraine », explique Thibault Fouillet, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique.
Des Conséquences sur les Opérations Militaires
La production iranienne de missiles semble donc avoir été largement réduite. Mais grâce à l’utilisation de drones faciles à produire et à des stocks cachés, l’Iran maintient une pression quotidienne sur ses voisins, avec des frappes moins intenses mais toujours dangereuses.
Rapports sur l’Iran, Institute for the Study of War.
Géolocalisation par Sam Lair, chercheur pour le Centre des études pour la non-prolifération.
Géolocalisation par Mitchell Ulrich, bénévole pour Geoconfirmed et Faytuks Network.
Netanyahu says Iran is being ‘decimated’ but revolution requires ‘ground component’, CNBC, 19 mars 2026.
Experts Consultés
Kelly Campa, cheffe d’équipe Moyen-Orient, Institute for the Study of War.
Thibault Fouillet, chercheur pour la Fondation pour la Recherche Stratégique.
Liste non exhaustive.
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