Les révélations, fin novembre, de cas d’agressions sexuelles dans le périscolaire parisien, ravivent la colère des parents d’élèves de l’école Paul-Dubois. Dès 2019, leurs enfants avaient dénoncé les agressions sexuelles et les viols d’un animateur. Aujourd’hui, les familles redoutent un non-lieu.
Contexte des révélations
Aurore (prénom d’emprunt) et sa famille vivent à Paris. À la rentrée 2018, leur fille Nour (prénom d’emprunt), rentre en grande section de maternelle à l’école Paul-Dubois, située dans le troisième arrondissement. Elle a cinq ans.
« Dès la Toussaint, j’ai repéré que Nour n’allait pas bien », explique sa mère. « Elle avait recommencé à faire pipi au lit, faisait des cauchemars toutes les nuits, elle était aussi devenue très agressive envers moi », raconte-t-elle.
Début février 2019, lorsqu’elle apprend que des parents de l’école Paul-Dubois déposent plainte à la brigade de protection des mineurs de Paris pour agression sexuelle, Aurore pose des questions à sa fille.
« Un jour, je lui ai demandé s’il s’était passé quelque chose dans son école », raconte-t-elle. La réaction de Nour est immédiate. « Elle a hurlé et est partie en courant… ‘Oui, il nous a dit de faire des choses mais je ne veux pas en parler’, crie sa fille. »
Conséquences sur les enfants
Aurore emmène alors sa fille consulter des médecins et des psychologues pour l’aider à aller mieux et parler de son angoisse. « Ma fille s’est exprimée à travers des poupées, des dessins », explique la mère. « Sur un des dessins, on voit son agresseur avec un couteau dans la main. J’ai compris plus tard qu’en fait, il la menaçait de mort, et nous menaçait de mort, nous, ses parents », confie-t-elle.
Sa fille, Nour, aujourd’hui âgée de 12 ans, fait partie des enfants qui ont dénoncé en 2019 des agressions sexuelles et des viols de la part d’un animateur de l’école maternelle Paul-Dubois. Dix-neuf enfants, qui avaient entre 3 et 5 ans au moment des faits, ont été entendus par la justice.
L’enquête et la réaction des autorités
En juin 2019, l’enquête a été classée sans suite pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Après le dépôt de nouveaux éléments, une instruction a été ouverte fin 2019, puis close en 2025. Aujourd’hui, sept ans après les premières accusations, les familles redoutent un non-lieu.
Depuis le début, l’animateur a toujours contesté les faits. La mairie décide de le suspendre le 13 février 2019 à titre conservatoire.
Aurore s’inquiète des suites judiciaires. « On aimerait bien arriver au procès, mais pour l’instant c’est mal engagé », déplore-t-elle. « Voilà sept ans qu’on se bat pour faire entendre les voix de nos enfants qui n’ont absolument pas été assez prises en considération par la justice. »
Le cri d’alarme des parents
Sept ans après les premières accusations, cette mère de famille regrette la lenteur de la justice. Elle craint un non-lieu et un classement de l’affaire. « Ce que je ne comprends pas, c’est que quand vous avez une quinzaine d’enfants qui décrivent tous les mêmes faits et qu’il y a 19 professionnels de santé, qui confirment la crédibilité des dires des enfants… et qu’en face, quelqu’un [l’animateur, ndlr] continue à être payé par la mairie de Paris et n’a jamais été mis en examen. », s’insurge-t-elle.
Depuis, Aurore et sa famille ont quitté Paris. Mais pour Nour, le traumatisme est présent au quotidien, décrit sa mère. « Ma fille aujourd’hui est incapable d’aller dormir chez ses mamies, de faire des soirées pyjama chez des amis… Pour elle, c’est impossible, je dois être là tout le temps et elle a 12 ans », confie-t-elle.
La tribune des familles
Après les révélations faites fin novembre de nouveaux cas d’agressions sexuelles dans le périscolaire à Paris, les parents d’élèves de l’école maternelle Paul-Dubois ont publié jeudi une tribune dans le journal Libération. Ils dénoncent « un même aveuglement qui se répète » dans le périscolaire parisien.
« Le déni de l’institution scolaire, de la Ville de Paris, ainsi que les manquements des enquêtes administratives et policières. Nous les avons vécus et dénoncés, déjà, il y a six ans. Ce sont les mêmes failles, les mêmes dysfonctionnements, le même aveuglement qui se répètent dans les cas qui ont fait surface ces derniers mois », écrivent les parents dans cette tribune.
Dès lors, des promesses sans suite
Les parents critiquent également le traitement de l’affaire : « Nos enfants ont aujourd’hui entre 10 et 12 ans… Ils comprennent qu’il n’est pas normal d’avoir été en contact avec le sexe d’un adulte qui éjacule, à l’âge de 5 ans ».
« Ce qui nous a vraiment énervés, c’est de voir que ces affaires étaient toujours aussi mal traitées et peu traitées », déplore une mère. « Il est presque certain que notre affaire va être classée, malgré un nombre d’enfants qui témoignent, des professionnels de santé qui attestent du mal-être des enfants et de leur traumatisme, car on parle de viol par fellation ou de viol par pénétration digitale. », ajoute-t-elle, déplorant des manquements « au niveau de l’école, de la mairie et de la justice ».
Elisabeth Guthmann, du collectif SOS Périscolaire, observe que « la parole des enfants n’est toujours pas prise en compte comme elle doit l’être, alors que les professionnels confirment que les enfants ne peuvent pas inventer des récits d’actes sexuels qu’ils n’ont jamais vu ou vécu ».
Seule pointe d’espoir pour l’avocate Célina Astolfe : ces « scandales récemment révélés confirment qu’il ne s’agissait pas d’un complot, ni d’une folie soudaine de leur part. Les enfants ont parlé, c’est un fait, ils n’ont rien inventé ».
Réaction de la mairie de Paris
Sollicitée, la mairie de Paris rappelle que « l’agent mis en cause par des familles de l’école Paul-Dubois a été suspendu par la Ville, sans délai, en date du 14 février 2019, au lendemain de l’information transmise par le directeur de l’école à l’Inspection de l’Education nationale ainsi qu’à la Circonscription des affaires scolaires (CASPE) ».
Enfin, la Ville rappelle que des mesures de lutte contre les violences faites aux enfants ont été mises en place. « Tout signalement entraînant une suspension d’agents fait l’objet d’une information la plus rapide possible des représentants de parents élus, suivie d’une information élargie à l’ensemble des familles dans l’école concernée », affirme la mairie.
