Alors que la proposition de loi créant un droit à « l’aide à mourir » en France a été adoptée ce 25 février à l’Assemblée nationale, le médecin lyonnais Didier Peillon t témoigne. Radié le 17 février dernier par l’Ordre des médecins pour avoir écrit un livre sur son expérience d’aide à mourir, ses réflexions soulèvent des questions essentielles sur cette pratique controversée.
Un vote historique
C’est un vote historique. Ce mercredi 25 février, la proposition de loi créant un droit à l’aide à mourir en France a fait l’objet d’un vote solennel à l’Assemblée nationale, après une semaine de débat. Elle a été adoptée par 299 voix contre 226 en fin de journée.
Bien que le texte ait été adopté en première lecture à l’Assemblée en mai dernier, il a été rejeté au Sénat. Le point crucial des débats concerne le mode d’administration de la substance létale, ainsi que la possibilité de déléguer le geste final à un soignant.
Didier Peillon : un témoignage poignant
Depuis plusieurs années, l’aide à mourir est au cœur des débats mêlant questions médicales, éthiques et juridiques. Didier Peillon, ancien chef des urgences et réanimateur dans un hôpital de la région lyonnaise, témoigne de cette réalité. Après avoir publié en septembre dernier le livre « Ces malades que nous aidons à mourir« , où il raconte avoir aidé des patients à mourir, il a été radié par l’Ordre des médecins le 16 février. « La question de la fin de vie fait partie de notre quotidien, de l’exercice de notre métier », déclare le médecin de 64 ans, qui a fait appel de la décision.
Il décrit cette décision comme « un coup de massue », après « 40 ans de pratiques, sans plaintes, sans aucun faits déterminés ». Bien qu’il ait reçu de nombreux messages de soutien de confrères et de patients souffrant de maladies incurables, son témoignage est révélateur des tensions qui entourent ce sujet délicat.
Les défis de la fin de vie
« Ce qui était insupportable, c’est de ne pas le faire en France », confient des proches ayant accompagné des patients jusqu’au suicide assisté en Suisse. Selon une étude de l’INED citée par le médecin, environ 5.000 injections létales sont pratiquées par an, avec 300.000 décès par limitation thérapeutique. « Ce sont des chiffres qui sont parlants. Cela existe bel et bien, et il s’agit d’une hypocrisie de façade sur la question », souligne Didier Peillon.
Il argue que l’aide à mourir est une liberté qui ne nuit à personne et répond à des situations spécifiques : « Il faut imaginer avoir eu un patient devant soi qui demande de mettre fin à sa vie, et la difficulté de devoir lui répondre ‘Je ne peux pas abréger vos souffrances, je n’ai pas le droit’. » Son livre relate un épisode marquant : un patient atteint d’un cancer ORL incurable, en train de s’étouffer dans son sang, avait un regard d’épouvante. « On ne pouvait pas le laisser agoniser », raconte-t-il.
Peillon souligne aussi une inégalité d’accès à la fin de vie : « Ceux qui en ont les moyens partent en Belgique ou en Suisse ». De plus, il note que de telles décisions existent déjà, prises par exemple par le médecin réanimateur de garde. « C’est évidemment une décision très lourde, mais dans laquelle on met beaucoup de complexité alors qu’en réalité, elle s’impose presque toujours », explique-t-il.
Les implications légales de la loi
Le texte de loi débattu dans l’hémicycle comprend plus de 2.000 amendements. Les députés ont validé deux délits d’entrave, prévoyant des peines de deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende pour toute perturbation de l’accès aux lieux où est pratiquée l’aide à mourir, ainsi que pour le fait d’exercer des « pressions » envers des patients. D’un autre côté, la loi prévoit de sanctionner d’un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende le fait d’exercer des pressions sur une personne pour qu’elle ait recours à l’aide à mourir.
Didier Peillon a suivi les débats avec attention : « Cette loi représente une avancée symbolique. Enfin, l’aide à mourir ne sera plus quelque chose de tabou. L’intention du médecin n’est pas de donner la mort, mais de mettre fin à une situation épouvantable. C’est le prolongement du soin. » Il regrette cependant que la loi n’envisage pas la question de la fin de vie dans le cadre de la médecine d’urgence, mais se limite aux soins palliatifs.
Après ce vote solennel à l’Assemblée, la proposition de loi doit retourner au Sénat. Les défenseurs du texte souhaitent une promulgation d’ici l’été.
