La question divise la ville du Doubs depuis longtemps. Si la quasi-totalité des agents de la police municipale demandent des armes létales, de nombreux habitants se disent réticents.
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À l’approche des élections municipales, la sécurité revient au cœur des débats locaux. Une question divise souvent les élus : faut-il armer la police municipale ? En France, près de 29 000 policiers municipaux travaillent dans environ 4 500 communes. Un peu plus de la moitié sont dotés d’une arme à feu, six policiers municipaux sur dix, un chiffre en constante augmentation. La décision appartient au maire et doit être validée par le préfet.
À Besançon, la délinquance a progressé ces dernières années (+4,4 % dans le Doubs en 2025 par rapport à 2024), particulièrement en ce qui concerne les violences, le trafic de drogue et les délits routiers. Dans cette ville de 120 000 habitants, près de la frontière suisse, la police municipale n’a pas d’armes à feu. La maire écologiste n’en veut pas, tout comme ses prédécesseurs. C’est un vieux serpent de mer, reconnaissent les Bisontins. « Il y a longtemps qu’on en parle, » lance Françoise, 82 ans. « Que la police municipale ait le moyen de se défendre, peut-être, mais je ne suis pas vraiment favorable à ce qu’elle soit armée comme la police nationale. »
À Besançon, on compte une quarantaine de policiers municipaux, équipés de pistolets à impulsion électrique, de matraques ou de bombes lacrymogènes. Mais cela ne suffit plus, la quasi-totalité des agents demande des armes létales. « Ma position est celle de la police municipale de Besançon, qui est la même, au niveau national, que celle du syndicat FOPM, c’est-à-dire l’armement par armes à feu des polices municipales, » explique Yvan Decrouy, brigadier-chef principal à Besançon et délégué Force ouvrière police municipale. « Pour pouvoir se défendre, c’est la première des réponses, et ensuite, dans le cas hypothétique d’un attentat ou d’une agression très violente, le premier réflexe de tout être humain lorsqu’il entend un tir d’arme à feu, c’est de baisser la tête, » poursuit-il.
« Même si on tire en l’air, si la personne baisse la tête, ça fait que pendant cinq ou dix secondes, elle ne fait plus rien d’autre, et donc on a sauvé des vies. C’est pour de la prévention et de la dissuasion. »
Yvan Decrouy, brigadier-chef principal à Besançon et délégué FOPM
à franceinfo
Dans cette ville où la délinquance progresse, le syndicat cite un fait récent : le braquage d’une manufacture de bijoux en décembre. Lors de leur fuite, les malfaiteurs ont tiré sur la police nationale, sans faire de blessés. « Les premiers arrivés ont été la police nationale, mais ça aurait très bien pu être un équipage de la police municipale, » raconte-t-il. « Les délinquants auraient pu tirer et les gens se seraient retrouvés complètement démunis face à des armes à feu alors que leur seule défense est un Taser. Lorsqu’on intervient, les délinquants, quels qu’ils soient, ne font plus la différence entre policiers municipaux et policiers nationaux. »
C’est pour toutes ces raisons que Guy, 70 ans, soutient le port d’armes à feu par la police municipale. « Pour moi, c’est une évidence que la police municipale, si elle veut faire correctement son travail pour la sécurité de l’ensemble de la population, doit pouvoir, dans certaines conditions, être armée, » affirme-t-il. « Il y a des périodes où c’est plus risqué que d’autres, par exemple le soir. Il y a quand même des limites. Il faut que la police soit armée et formée, il ne faut pas qu’on ait les dérives d’ICE [la police de l’immigration américaine]. Il faut qu’ils sachent apporter une réponse appropriée à un problème. »
Mais force est de constater que les Bisontins interrogés sont majoritairement contre cette idée. « Dans notre ville, que ce soit des policiers ou n’importe qui, savoir qu’il y a plus d’armes, je trouve ça dangereux, » réagit une jeune habitante. « Je pense qu’il peut y avoir aussi des abus de pouvoir, » ajoute un autre. « On voit pas mal de vidéos qui tournent. On parle souvent des États-Unis, mais en France aussi on a beaucoup d’abus de pouvoir de la part de la police. Donc ça ne me rassurerait pas de savoir qu’il y a encore plus de policiers armés. »
« Il faut améliorer les choses, mais je ne pense pas que ça passe par l’armement de la police municipale. »
« Je ne pense pas qu’il faille l’armer, je pense qu’on a besoin d’une police de proximité, des gens qui connaissent la population, qui viennent à leur contact et qui créent du lien, » conclut un troisième. À Besançon, trois des six candidats à la mairie proposent d’armer la police municipale.
