En redressement judiciaire depuis janvier pour problèmes financiers, l’association francilienne de dialyse a vu la directrice générale démissionner ce lundi 16 février, mettant fin à la grève. Une première victoire pour les 500 salariés qui s’inquiètent pour leur avenir et celui des 1.200 patients en dialyse.
Un contexte tendu
Devant le siège social de l’association de dialyse « L’Aura Paris », les banderoles ont été repliées et les slogans « C’est terminé, place à la clarté ! » ne résonnent plus. Après une journée de grève, les salariés ont pris acte de la démission de la directrice générale. Cette victoire n’atténue pas les inquiétudes et laisse place à de nouvelles interrogations.
Les inquiétudes des salariés
Pour les 500 salariés, le redressement judiciaire de janvier est le résultat d’une « gestion financière irresponsable » et d’une direction « changeante ». Selon Frédéric Brizé, ces dérives ont conduit à un dépôt de bilan qui a non seulement déclenché le conflit social, mais a aussi exacerbés les tensions ces derniers mois.
Frédéric Brizé, délégué syndical CGT de l’association, ne décolère pas : il pointe du doigt des investissements immobiliers « inexplicables » de l’ancienne direction, responsables selon lui d’avoir vidé les caisses et mis en péril l’avenir de la structure.
Une gouvernance à reconstruire
Après une journée de grève intense ce lundi 16 février, les salariés de l’Aura Paris ont obtenu gain de cause sur un point crucial de leurs revendications : la démission conjointe de la directrice générale et du président du conseil d’administration, actée dans la soirée.
Pour Frédéric Brizé, ce départ des dirigeants n’est qu’un prélable. L’urgence est désormais de rebâtir une gouvernance crédible pour rassurer les 500 salariés et les 1.200 patients. « On attend que quelqu’un de compétent récupère le dossier pour sortir de l’impasse », insiste-t-il, plaidant pour que « les soignants ou des personnes ayant une vraie connaissance du dossier intègrent le conseil d’administration ».
Réactions de la justice
Un signal fort a d’ailleurs été envoyé par la justice. Selon le délégué syndical, les administrateurs judiciaires ont été catégoriques : « Le plan de redressement à établir ne saurait être présenté sans refonte du Conseil d’administration ».
Avenir incertain
Malgré la reprise du travail ce mardi, l’avenir de ce poids lourd de la dialyse reste suspendu au calendrier judiciaire. « Le redressement continue, nous sommes dans la période d’observation avec une première audience le 16 mars », précise Frédéric Brizé.
Si le volume d’activité rend une liquidation judiciaire « très peu probable », le syndicat redoute l’ouverture d’un plan de cession à des groupes privés. « Ce serait vraiment regrettable, car pour en arriver là en dialyse, c’est vraiment de la faute de gestion », déplore le délégué.
Les patients inquiets
Du côté des patients, l’association Renaloo ne cache pas son amertume face à l’inertie des derniers jours. « Il est regrettable qu’il ait fallu 9 jours pour que le président et la directrice générale de l’AURA assument leurs responsabilités plutôt que de les reporter sur les équipes », fustige l’organisation.
L’enjeu dépasse largement le cadre d’un simple conflit social. Comme le rappelle l’association, son implantation territoriale est « considérable » : elle assure le suivi de 1.200 patients, soit près de 15 % des 8.900 dialysés que compte l’Île-de-France.
Derrière ces chiffres, ce sont des vies qui menacent d’être bouleversées. Pour Claude, patiente au centre de Châtillon (92), la stabilité du service est une question de survie au quotidien. « Vous imaginez qu’être dialysé bouleverse déjà votre vie, donc on demande un minimum de qualité dans le service », confie-t-elle.
Bien qu’elle souligne que « le personnel est dévoué et extrêmement compétent », elle reconnaît un « changement de motivation chez les soignants ces derniers mois » et une « baisse de la qualité du matériel ».
Retour à la stabilité
Outre les moyens techniques, c’est l’organisation même des soins qui inquiète les malades. Claude raconte avoir été prévenue brutalement d’un changement de site la semaine dernière : « On nous a dispatchés partout dans différents centres. Comme la dialyse représente déjà une grande partie de notre vie, voir sa routine complètement chamboulée, ça perturbe, car nous tenons à nos habitudes », détaille-t-elle.
Une précarité dans le parcours de soins qui renforce l’exigence des patients et des salariés : obtenir enfin une direction solide pour garantir, au-delà des chiffres, la dignité des malades.
Pour Bruno Lamothe, chargé de plaidoyer chez Renaloo, le défi est immense : « Il faudra maintenant tenter de sauver le modèle de l’AURA Paris avec une équipe nouvelle pour conserver l’intérêt des patients ».
Contactée par la rédaction, la direction de transition n’a pas répondu à nos sollicitations.
