Dans les Alpes-Maritimes, nichées entre la mer et la montagne, le train des merveilles est un itinéraire emblématique à huit cents mètres d’altitude. Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Un Voyage Spectaculaire
C’est une montée vertigineuse de quelques dizaines de kilomètres seulement de la Méditerranée aux portes du Mercantour. Un voyage que nous allons faire en train depuis Nice sur l’une des lignes les plus spectaculaires de France. « Je vérifie que mes portes sont bien fermées et nous voilà partis en direction de Tende », lance Anthony Franceschin, conducteur de train.
Des Paysages Éblouissants
Tende, à deux heures de voyage, est situé 850 mètres plus haut. Anthony connaît cette ligne par cœur. C’était celle qui l’amenait jusqu’à ses grands-parents. « Quand j’étais petit, un jour, par curiosité, je me suis approché de la cabine du conducteur. Il m’a fait rentrer dans sa cabine. Je me suis dit, plus tard, je vais être conducteur de train comme vous. Et me voilà aujourd’hui au commandement du train des merveilles », explique-t-il.
Le train des merveilles doit son nom au paysage qu’il traverse. En contrebas, le cours sinueux de la Roya. En haut, les villages perchés. Dans le train, en cette journée d’hiver, peu de touristes, mais des habitants de la vallée. Ils remontent de Nice après quelques courses ou un rendez-vous médical. « C’est très bien, c’est magnifique, calme, c’est super. On aime notre région, on aime notre vallée », confie l’un d’eux.
Les Merveilles de l’Ingénierie
Pour le jeune cheminot, les merveilles, ce sont aussi les ponts, les tunnels construits dans la montagne il y a bientôt 100 ans. « C’est un monument, j’oserais dire à mes yeux, un monument qui tient encore aujourd’hui », témoigne Anthony Franceschin.
Breil-sur-Roya : Un Retour à la Nature
Première étape de notre route dans la montagne, Breil-sur-Roya. Dans cette vallée qui s’est dépeuplée depuis 100 ans, la petite ville attire de nouveau des habitants, avides de nature et d’indépendance. Ce matin-là, c’est l’heure des derniers préparatifs dans la bergerie avant le départ du troupeau dans les hauteurs. « Là, je trie les animaux qui sont trop petits pour sortir. Et puis ça fait du bien aux mamans, ça fait une garderie, ça les repose que d’avoir l’agneau toute la journée sur le dos », indique Alain Quint, berger.
L’éleveur, né en Normandie, a adopté l’animal emblématique de la vallée, la brebis brigasque. Une reconversion radicale pour cet ancien employé dans l’hôtellerie. « J’ai travaillé à Paris : Georges 5, Crillon, les meilleurs hôtels du monde. Ici, il y a du travail sur la côte, au cas où ça n’avait pas marché », poursuit-il. Vingt ans plus tard, à la tête d’un beau troupeau avec sa compagne, son choix est sans appel. « C’est bien plus chouette que la côte aujourd’hui », ajoute l’éleveur.
La Vie des Bergers
Au cœur de l’hiver, à moins qu’il pleuve ou qu’il neige, ces brebis rustiques sortent tous les matins pour trouver de quoi manger sur des terres peu fertiles. « Même sur des petites marches comme ça de trois heures, elles vont faire 400 mètres de dénivelé. Il faut monter, descendre, monter, descendre. Ce sont des sportives de haut niveau », explique Nina Quint, bergère. Avec le redoux, puis l’été, le troupeau et ses bergers transhumeront toujours plus haut dans la montagne, loin des villages.
Le Train Poursuit sa Montée
Le train, lui aussi, poursuit sa montée. Il entame la portion la plus abrupte, celle où les longs tunnels creusés dans la roche dissimulent un secret. « On doit pouvoir grimper assez fort mais rapidement donc on a utilisé le principe du tunnel hélicoïdal. On voit que ça ne fait que tourner tout en montant et on est en train de faire justement une boucle dans la montagne pour ressortir un peu plus haut », témoigne Anthony Franceschin.
La Destination Finale
Le seul moyen d’affronter un tel dénivelé sans recourir à une crémaillère. « C’est toujours un émerveillement de voir ces paysages, ces montagnes enneigées, et de les traverser », conclut-il à quelques kilomètres de l’arrivée, un terminus en pleine montagne.
Une Cuisine Traditionnelle
Sur le quai, Cécile Dumoulin nous attend pour notre dernière étape dans la haute vallée de la Roya. « Vous allez voir Tende est une ville merveilleuse », confie Lucie Moulin, championne du monde de sugelli. Cette native de Tende y a longtemps tenu un restaurant où elle servait toutes les spécialités de la vallée. Pour nous, elle a remis son tablier.
« On va cuisiner des sugellis, une pâte locale qui était surtout préparée par les bergers. Ce plat ne revenait pas cher et tenait à l’estomac », explique-t-elle. De l’eau, de la farine et surtout le bon geste. « Pour faire des sugellis, il faut un bon coup de pouce, vous allez voir », montre-t-elle. Son coup de pouce fait apparaître les stries, indispensables pour bien retenir la sauce.
La recette, héritée du temps où Tende était encore italienne, avant la dernière guerre, est désormais la préférée de ses petits-enfants. « La dernière fois, à Noël, on les a faits tous ensemble », confie-t-elle. Une recette toute simple, qui porte en elle l’âme de la vallée de la Roya.
Conclusion : Une Vie de Peu dans un Grand Paysage
Une vie de peu, dans des paysages grandioses, aux confins de la France de l’Italie.
Sources
Parmi nos sources :
- Michel Braun, responsable de l’écomusée du train des merveilles et des Éditions du Cabri
Liste non exhaustive.
