Ubisoft ne va pas disparaître, rassure Olivier Mauco. Mais les « années fastes » dans le jeu vidéo, c’est fini. Le géant français, qui célèbre le mois prochain ses 40 ans, fait face à des défis financiers sans précédent.
Publié le 10.02.2026 à 07:42
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(LONG WEI / MAXPPP)
Le jeu vidéo traverse une « crise structurelle, massive » et « inédite », explique mardi 10 février sur France Inter Olivier Mauco, le président de l’Observatoire européen des jeux vidéo, alors qu’une grève de trois jours débute chez Ubisoft.
Le géant français des jeux vidéo connaît des difficultés financières et a annoncé un nouveau plan d’économies, des annulations de jeux et une réorganisation interne. Ces dernières années, Ubisoft, qui compte environ 17.000 salariés dans le monde, s’est déjà séparé de plus de 3.000 employés.
La crise « inédite » que traverse le groupe depuis un an et demi « est une crise globale sur le marché du jeu vidéo », explique Olivier Mauco, docteur en sciences politiques et président de l’Observatoire européen des jeux vidéo. « Les concurrents vont mal aussi », dit-il. Aux États-Unis, « à peu près un tiers des personnes » qui travaillent dans l’industrie du jeu vidéo « ont connu un licenciement » ces deux dernières années, souligne-t-il, en se basant sur un récent rapport.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation, notamment un effet « bulle » pendant la pandémie de Covid-19, avec l’arrivée de nombreux joueurs et des « surinvestissements ». Puis, l’augmentation des taux d’intérêt a mis à mal l’économie du jeu vidéo puisque « c’est une économie qui se finance par la dette, parce que ce sont des projets qui sont longs » à produire, explique Olivier Mauco, en moyenne cinq ans. « Avec l’augmentation des taux, on se retrouve à avoir un poids de plus en plus lourd dans le remboursement, ce qui fait que les budgets ont changé. »
Les pratiques ont aussi évolué et le temps de production d’un jeu vidéo ne permet pas de s’adapter rapidement. Par ailleurs, le marché du jeu vidéo est saturé, « dans le jeu indépendant, on dit que c’est un jeu sur 8.000 qui perce », indique l’enseignant à l’Université Paris-Dauphine.
À cela s’ajoute le fait qu’Ubisoft a développé « des jeux qui n’ont pas eu le succès espéré », souligne Olivier Mauco. Pour autant, l’entreprise française ne va pas mettre la clé sous la porte, assure-t-il. « La restructuration qui est en cours autour des maisons créatives et des propriétés intellectuelles » que détient Ubisoft doit lui permettre de redresser la barre. Mais ce qui est sûr, c’est qu’« Ubisoft et le jeu vidéo qu’on connaissait, avec leurs années fastes, ont disparu. On n’est plus dans une croissance à deux chiffres. »
