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Face aux images diffusées lors de la première journée d’audience, les CRS ont tenté d’expliquer ce qui a pu guider leurs gestes. Au cours de l’enquête, tous avaient reconnu les faits qui leur sont reprochés.
Grades, décorations, chemises blanches impeccables… Ils sont arrivés groupés, tous en uniforme, dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Paris. Huit des neuf CRS inculpés pour « violences volontaires aggravées » ont comparu lundi 9 février pour avoir passé à tabac des gilets jaunes dans un Burger King, à Paris, le 1er décembre 2018, en pleine mobilisation populaire. Le neuvième prévenu était absent. Ils sont jugés pendant quatre jours et encourent jusqu’à sept ans de prison.
Le tribunal impose un cadre immédiat, rappelant que les débats « doivent se dérouler de façon sereine ». Dans un silence lourd, les prévenus sont appelés à retirer leurs uniformes. Pour Laurent-Franck Liénard, l’avocat de la défense, « c’est l’État qui leur a demandé de maintenir l’ordre, c’est pour ça qu’ils revêtent leur tenue ». Ce que les parties civiles contestent. « Tous les justiciables sont égaux devant la justice, cela vient d’être rappelé par le tribunal », souligne Arié Alimi, l’avocat de deux gilets jaunes dans ce procès.
Ce samedi 1er décembre 2018, autour des Champs-Élysées, les affrontements se multiplient et les gaz lacrymogènes saturent l’air. En fin d’après-midi, une cinquantaine de manifestants trouvent refuge dans un restaurant Burger King, à deux pas de l’Arc de triomphe. Treize CRS pénètrent alors dans le fast-food pour évacuer les lieux. À l’intérieur, les coups de matraque pleuvent, des manifestants sont frappés, parfois au sol.
L’intervention a duré « deux minutes et 37 secondes », rappelle le président Thierry Donard. La scène a été filmée, sous plusieurs angles, par les caméras de vidéosurveillance mais aussi par des manifestants et des journalistes. Les images de l’intervention plongent l’audience dans le chaos : cris, corps couchés entre les tables, matraques qui frappent, un journaliste pris à partie… Le président détaille aussi les blessures subies par les manifestants, notamment celles de Nathan A., qui a reçu 27 coups de matraque, selon l’enquête. Sur le banc des prévenus, les CRS regardent les images sans détourner le regard.
Premier à témoigner à la barre, le brigadier-chef Cyrille D., 48 ans, CRS depuis 25 ans, reconnaît les coups portés à un manifestant : « Ce jour-là, j’ai eu une peur viscérale de mourir. » Le policier raconte la fatigue, « douze heures de travail au moment des faits, 16 km parcourus », pas le temps de boire ou de manger. « Nous étions exténués. (…) Toutes les forces de l’ordre disponibles étaient déjà sur le terrain, il n’y avait donc personne pour prendre la relève. Avec le recul, je ne l’aurais pas fait. » Puis il dénonce l’attitude des manifestants :
« Quand on se maintient au milieu des pillages, on a une part de responsabilité. »
Cyrille D., brigadier-chef
devant le tribunal correctionnel de Paris
Le brigadier Anthony C. est le deuxième à s’exprimer. Selon les images, le CRS, devenu depuis chef-brigadier, a porté au moins cinq coups de matraque à Nathan A., au sol. « Je n’aurais pas dû rentrer dans ce restaurant », dit-il, reconnaissant des « gestes inadaptés ». Au moment des faits, explique-t-il, il a considéré « que les coups étaient proportionnés à la dangerosité des individus ».
Le CRS admet que regarder les images puisse être « traumatisant ». « Mais on aurait voulu que ces gens partent d’eux-mêmes depuis longtemps. (…) La manifestation était interdite depuis des heures », ajoute-t-il. Comme son collègue, il décrit la pression de la journée : pas de renforts, pas de repas, pas de pause et la peur pour sa vie. « Ça a participé à votre perte de lucidité ? » lui demande le président. « Oui », répond le prévenu.
« On a vécu l’enfer », souffle Tommy P., le troisième CRS auditionné. Cet homme de 31 ans, qui comparaît pour des violences sur Nathan A. et sur deux autres individus non identifiés, affirme avoir cru qu’il s’agissait de « casseurs », et non pas de « manifestants pacifistes ». Il évoque, lui aussi, « la peur » ressentie ce jour-là par sa brigade. Les autres prévenus doivent être entendus dans la soirée de lundi, puis mardi.
