L’ancien élu de 68 ans, accusé d’avoir agi dans le but de violer ou d’agresser sexuellement la victime, risquait jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. Il a annoncé faire appel, par la voix de son avocat.
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Sa version n’aura pas convaincu la justice. L’ex-sénateur Joël Guerriau a été condamné, mardi 27 janvier, à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme avec mandat de dépôt à effet différé, pour avoir drogué en vue d’agresser sexuellement ou de violer la députée Sandrine Josso, à Paris, en novembre 2023. L’ancien élu, âgé de 68 ans, a également été condamné à une obligation de soins, une peine d’inéligibilité de cinq ans et une interdiction d’entrer en contact avec la victime. Il devra par ailleurs l’indemniser à hauteur de 9.000 euros, dont 5.000 euros de préjudice moral. Le tribunal l’a également reconnu coupable de détention de stupéfiants.
Le tribunal a décerné un mandat de dépôt à effet différé mais sans exécution provisoire. Celui-ci sera suspendu par l’appel du sénateur, que son avocat a annoncé dès la sortie de l’audience.
Plus tôt mardi, le procureur de la République, Benjamin Coulon, avait demandé la condamnation de l’ancien parlementaire, qui a démissionné en septembre, à quatre ans de prison, dont un avec sursis, estimant qu’il existait « des éléments de preuve extrêmement solides ».
Pendant deux jours, Joël Guerriau a tenté de convaincre le tribunal qu’il avait, ce soir-là, à son domicile parisien, servi par « inadvertance » à son « amie » politique du champagne dans un verre qui contenait déjà une drogue, de la MDMA. Ses avocats sont longuement revenus sur l’absence de propos ou de gestes ouvertement sexuels de leur client à destination de son invitée, preuve, selon eux, de son absence d’intention criminelle. « Ce n’est pas un acte de séduction, la soumission chimique, c’est un acte d’agression », avait plaidé l’avocat de Sandrine Josso, Arnaud Godefroy, mardi.
Les failles du récit de l’ancien sénateur n’ont pas manqué d’être relevées par le président, le procureur et la partie civile. D’où venait la MDMA utilisée pour droguer Sandrine Josso ? Elle lui avait été remise plusieurs mois auparavant par un autre sénateur, a-t-il dit en refusant de donner le nom. « C’est quelqu’un qui était sincère (…), il faisait quelque chose pour m’aider », a justifié Joël Guerriau. Il a toujours affirmé qu’il ignorait la nature de la substance, contenue dans un sachet, même s’il a reconnu que l’idée qu’il s’agisse d’une drogue lui avait « traversé l’esprit ». Comment expliquer qu’elle se soit retrouvée dans la flûte de Sandrine Josso ? Elle y avait été versée la veille pour sa propre consommation, a promis Joël Guerriau, avant que le verre ne soit, selon son récit, rangé et ressorti sans qu’il ne s’aperçoive qu’il n’était pas vide.
Pourquoi avait-il effectué des recherches internet concernant l’ecstasy (un dérivé de la MDMA) et le GHB, un mois avant les faits ? « Je n’ai aucun souvenir de ces recherches, c’était très rapide », a répondu le prévenu, plaidant aussi la nécessité professionnelle de se tenir au courant de l’actualité et la volonté d’en savoir plus sur la « drogue du violeur » après l’agression d’une amie de sa fille.
Le procureur et la partie civile ont également déploré des propos « indélicats » de Joël Guerriau vis-à-vis de Sandrine Josso à l’audience. Il a notamment salué le combat législatif de la députée contre la soumission chimique, qu’elle mène depuis les faits dont elle l’accuse. Il a aussi affirmé que « des gens » y avaient vu un choix « calculé » de la députée pour faire avancer sa carrière politique.
L’ex-sénateur Horizons a néanmoins longuement présenté ses excuses à Sandrine Josso, lundi soir. « J’ai reconnu ma faute, j’étais stupide, j’étais ridicule », a-t-il lancé, estimant qu’il avait été un « apprenti sorcier » en conservant pendant des mois de la MDMA avec lui sans avoir connaissance de ses effets.
« Sandrine est une amie, même si pour elle je n’en suis plus un. »
Joël Guerriau, ex-sénateur lors de son procès
« Je voudrais qu’elle sache que je n’avais pas de mauvaise intention à son égard », a-t-il réitéré, alors que les deux parties ont témoigné de la relation d’amitié qui les unissait depuis une dizaine d’années avant les faits. De son côté, Sandrine Josso a dit ne pas croire à l’erreur de manipulation plaidée par le prévenu et est revenue en détail sur le traumatisme psychologique et les problèmes de santé qu’elle connaît depuis cette soirée. La députée, qui a fait part de son hypervigilance aux bruits, a aussi témoigné de problèmes de sommeil, de douleurs au dos et a expliqué avoir dû se faire arracher quatre dents abîmées à force de crispations. À la sortie de l’audience, l’élue, qui était accompagnée de sa fille, a fait état d’un « immense soulagement » pour elle et « pour la cause » qu’elle défend.
