En Essonne, une école primaire en REP (Réseau d’Éducation Prioritaire) expérimente des classes dites « flexibles » depuis la rentrée 2023. Une méthode innovante où les enfants vont à leur rythme et apprennent l’autonomie, mais aussi la vie en collectivité.
Scène ordinaire d’une salle de classe, un lundi matin comme les autres. La maîtresse, Marie Carnet, 35 ans, qui effectue ici sa troisième année dans cette école, pose une question aux élèves : « Alors, trois fois trente cela fait combien ? Qui veut répondre ? » Les élèves, assis à leur bureau, manipulent des ardoises effaçables pour apprendre le calcul mental.
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Sauf qu’ils ne sont que neuf. Certains sont installés à des pupitres traditionnels, d’autres à des petits bureaux individuels plus hauts. Aux pieds, chaussures, chaussettes ou même claquettes. Pendant que le cours continue, certains élèves se lèvent pour aller chercher des outils dans un coin aménagé pour l’occasion.
Nous sommes dans la salle des CE2A, l’une des cinq classes (sur dix-sept) que compte l’école primaire les Avelines, aux Ulis dans l’Essonne, à revendiquer son statut de « classe flexible », une méthodologie venue du continent nord-américain.
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Un peu plus loin dans la classe, deux ou trois enfants par table sont installés. Certains sont même seuls face à leur cahier avec un casque antibruit pour mieux se concentrer sur leurs devoirs. D’autres, ayant terminé tous leurs exercices, ont migré dans le couloir, où ils jouent à une variante du jeu de l’oie. Sur un mur, un minuteur est réglé pour sonner au bout de vingt minutes, le temps imparti pour cette séquence.
Marie Carnet, enseignante depuis 2014, explique que tout s’est fait de manière progressive : « J’étais avant dans les Hauts-de-Seine, à Colombes dans une école en réseau prioritaire, ou REP, au moment où s’est opéré le passage à des classes dédoublées dans ces zones. Les classes ont été divisées en deux groupes d’environ douze élèves pour améliorer le suivi individuel et les apprentissages fondamentaux. Pour prendre en charge ces classes-là, il fallait accepter le cahier des charges et des professeurs prêts à adopter une pédagogie innovante. En faisant des recherches, nous nous sommes rapprochés de ce qu’on appelle la classe flexible.«
Cette approche rappelle celle des écoles Montessori, du nom de l’éducatrice italienne ayant mis en place cette méthode d’éducation au début du XXème siècle, mais elle est distincte. Marie Carnet précise qu’ils travaillent « beaucoup en collectif, alors que Montessori est plus axée sur le développement individualisé.«
L’enseignement alterne entre travaux en petits groupes et moments où tout le monde se retrouve, car « les moments collectifs sont très importants pour fédérer une classe et pour que les enfants entendent ce qui se passe chez les autres enfants. Selon moi, on ne peut ni tout faire en petits groupes, ni tout en classe entière, il y a un temps pour tout et chacun a un intérêt.«
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La notion de classe flexible n’est pas que pédagogique, c’est aussi une histoire d’aménagement des classes. « L’idée est d’offrir un cadre aux élèves où ils peuvent apprendre à leur rythme, mais dans un mode coopératif » avec un espace devenant donc un outil d’apprentissage. La salle offre des endroits où s’asseoir pour mieux étudier, avec plusieurs postures potentielles et diverses configurations. Les écoliers peuvent être seuls ou en groupe.
L’idée est d’offrir un cadre aux élèves où ils peuvent apprendre à leur rythme.
C’est ici un tipi installé pour lire plus tranquillement, un casier à roulettes avec un présentoir où les enfants peuvent poser les manuels et s’autocorriger en restant debout, ou encore un bureau à deux places face au mur pour s’isoler, les vingt élèves de CE2A passant de l’un à l’autre sans cris ni hurlements.
« Ces formes de pédagogie alternatives existent depuis longtemps, mais elles ont évolué au cours des années, selon les besoins de l’école« , confirme Antoine Raymondi, directeur des Avelines depuis une dizaine d’années.
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Le point de départ fut, selon lui, l’arrivée de la différenciation : une approche taillée sur mesure pour chaque élève, tenant compte de ses capacités et de ses talents, l’idée étant de « rendre l’enfant acteur de ses propres apprentissages. Au lieu d’imposer à tout le monde le même exercice quel que soit son niveau, c’est l’aider à comprendre ses propres besoins. Les classes flexibles permettent de choisir dans un temps imparti quelle activité convient le mieux et où aller la chercher.«
Il s’agit d’une méthode offrant beaucoup de liberté, chaque professeur étant libre d’appliquer la pédagogie qu’il ou elle veut, « même si je suis là pour impulser les choses et faire en sorte que tout le monde aille dans le même sens.«
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