Étranglée par les problèmes financiers, Pauline Marre risque de perdre sa ferme familiale, située à Bellevaux, en Haute-Savoie. A court de solution, la jeune agricultrice a publié une vidéo poignante sur les réseaux sociaux pour « briser le silence » sur la réalité du monde agricole et appeler à la solidarité des internautes.
En larmes, les traits tirés, Pauline Marre décide de se filmer sur un coup de tête le 22 janvier dernier. Face caméra, la jeune agricultrice raconte ses difficultés financières et l’épée de Damoclès qui menace de s’abattre sur elle. « Ce sont peut-être les derniers moments de la ferme« , raconte-t-elle, effondrée. « Je ne peux plus, je ne tiens plus ».
L’agricultrice de 31 ans, propriétaire avec son mari d’un élevage de vaches et de chèvres en Haute-Savoie, explique avoir craqué en ouvrant une énième facture ce soir-là. « Aujourd’hui, on en est à 60.000 euros de dettes et je viens juste de recevoir une facture de 6.000 euros pour de l’assainissement collectif. Mais on ne peut pas payer« , déplore-t-elle. Depuis, la vidéo cumule plus de 33.000 vues et de nombreux commentaires de soutien.
Contactée par France 3 Alpes, Pauline a accepté de raconter plus en détail la souffrance de « tout un monde agricole« . « J’ai eu une honte incommensurable en faisant cette vidéo, car le linge sale se lave en famille chez nous. Mais je veux montrer la réalité du travail des agriculteurs. On n’a pas de jours de repos. Moi, je fais des ménages à côté et Julien (son mari, NDLR) dame les pistes de ski de fond la nuit. On travaille environ 70 heures par semaine. C’est une réalité dans toutes les fermes« , détaille-t-elle.
Les bénéfices de l’exploitation servent tout juste à payer les charges. Cependant, le couple, parents d’un enfant en bas âge, ne peut pas se verser de salaire. « On mange grâce à l’aide sociale » admet l’agricultrice.
/regions/2026/02/05/whatsapp-image-2026-02-05-at-15-42-28-6984ae8b0e6c3055259483.jpg)
Pauline Marre et son mari Julien vivent et élèvent leur fils dans la ferme familiale à Bellevaux, en Haute-Savoie.
•
© P. Marre
L’aventure avait pourtant bien commencé pour la famille. Lorsque Pauline rencontre son mari pendant le confinement, « c’est le coup de foudre pour lui mais aussi pour l’agriculture« . Ce dernier, déjà installé avec son exploitation de vaches laitières, accueille la jeune femme dans sa ferme. « Moi, j’avais fait des études de haute couture, rien à voir ! J’ai donc fait des études agricoles pour avoir mon troupeau de chèvres, puis on a ouvert notre GAEC ensemble en 2023« .
/regions/2026/02/05/600175026-10241940601835136-8627683459049676419-n-6984aee78040b767210762.jpg)
Pauline Marre a découvert le monde agricole lorsqu’elle a rencontré son conjoint.
•
© Facebook P. Marre
C’est alors que les ennuis commencent pour le couple. Un prêt souscrit pour agrandir un bâtiment agricole met les finances en bernes. « La banque nous a planté un couteau dans le dos« , accuse Pauline. « On n’avait même pas posé la première brique qu’il fallait déjà commencer à rembourser. D’habitude, les banques savent qu’il faut attendre un an ou deux que l’activité soit lancée pour commencer le remboursement. On n’avait pas les fonds, ça a mis un gros coup à la comptabilité« .
S’ensuivent des années difficiles : maladies et mortalité dans les troupeaux, augmentation du prix des bêtes et des aliments pour le bétail. « Tout ça mis bout à bout, ça creuse les dettes« , explique l’agricultrice. Aujourd’hui, elle évalue la dette totale du GAEC à environ 300.000 euros, entre les dettes fournisseurs et les prêts bancaires.
Pour survivre, l’exploitation se diversifie : fabrication de fromages, de savons au lait de chèvre, vente directe, visites à la ferme. « On a que des compliments, notre fromage marche super bien ! C’est ça qui est horrible… Tout marche, mais ça ne marche pas assez. Pour que ça marche, il faudrait être plus gros, et donc avoir plus de sous pour racheter des animaux, pour avoir quelqu’un pour travailler avec nous« , dénonce Pauline dans sa vidéo. « Cette dette nous plombe, quoi qu’on fasse« .
Cette prise de parole publique n’a pas été du goût de tous les confrères de l’agricultrice : « De vieux agriculteurs ont eu honte pour moi, ils disent qu’ils ne se sont jamais plaints, eux, contrairement aux jeunes. C’est cette vieille mentalité de ne pas demander de l’aide parce qu’après, on est redevable. Mais ce n’est pas être faible, j’avais besoin de soutien, de briser le silence et d’être entourée pour bouger les choses« .
Grâce à cet appel à la solidarité et à la cré
FONTE
