Un collectif d’anciens élèves d’établissements du réseau catholique des Lasalliens s’est constitué pour dénoncer des violences physiques, morales et sexuelles perpétrées dans ces établissements. Dimanche 8 février 2026, un ancien pensionnaire de l’école Jean-Baptiste-de-La-Salle, à Rouen (Seine-Maritime), a livré un témoignage poignant sur son expérience traumatisante survenue en 1975.
Un parcours marqué par la souffrance
Vincent, un homme d’une soixantaine d’années, se décrit comme quelqu’un qui ne se laisse pas faire. Engagé dans une vie empreinte de bienveillance, il a pourtant été marqué par des injustices profondes. Son récit commence alors qu’il n’a que dix ans, lorsqu’il entre au pensionnat catholique Jean-Baptiste-de-La-Salle sous l’égide de la Congrégation des frères des écoles chrétiennes. Les premiers mois ne laissent présager rien de mauvais, mais le tableau s’assombrit rapidement.
Le Noël 1975 devient la date clef de son cauchemar, car c’est à ce moment qu’il subit sa première agression, orchestrée par son professeur de latin, qui est aussi sacristain. La scène est décrite avec une précision troublante : « Lorsque je me retrouve avec lui, il m’installe sur ses genoux et commence à me caresser les parties intimes… ».
Des agressions répétées et le silence
Cette première agression n’est pas un incident isolé. Vincent confie avoir été confronté à deux autres tentatives de viol au cours de sa scolarité, l’une impliquant un camarade de classe. Ces expériences l’ont profondément frappé : « J’ai un réflexe et je lui mets un grand coup dans l’estomac, je réussis à me dégager », raconte-t-il avec amertume.
« Mon professeur de musique aussi m’humilie constamment, alors que j’adore la musique et j’adore chanter, encore aujourd’hui. »
Vincent, Ancien pensionnaire de Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen
Les violences qu’il a subies ne se sont pas limitées aux agressions physiques. Il a également fait face à des humiliations verbales et psychologiques qui l’ont conduit à se soustraire aux regards de ses bourreaux. Pour échapper à cette atmosphère insupportable, il se réfugiait sous la nappe de l’autel durant les cours de musique. « J’ai tout fait pour me faire virer », se souvient-il. L’accomplissement de son projet a finalement été un soulagement : « Viré. Soulagé. »
Les conséquences d’une enfance marquée par la violence
Vincent a mis de nombreuses années à comprendre les répercussions de ces événements sur sa vie d’adulte. À 37 ans, il a confronté son passé et s’est ouvert à sa famille sur ses traumatismes. « J’ai toujours cru que j’étais un imposteur, pas fait pour ce monde sale… », illustre-t-il, faisant état d’une souffrance qui perdure.
Il parle aussi de ses difficultés à établir des relations proches avec ses propres enfants, par peur de « faire un geste déplacé ». L’image d’un venin dans son corps persiste : « Comme lorsqu’un vampire vous mord, vous craignez de devenir vampire à votre tour… »
Un appel à la justice
Vincent, aujourd’hui en contact avec un collectif de victimes des écoles lasalliennes, envisage de porter plainte, non seulement pour lui-même mais également pour ses pairs. Ce témoignage constitue pour lui une étape clé, révélant l’immense mépris qu’il ressent envers un système qui a échoué à protéger des enfants innocents. « Moi tout seul je suis Terminator, je m’en fous. C’est pour prévenir les gens que ça peut arriver que je le raconte. », conclut-il, déterminé à demander réparation pour son injustice.
