Jean-Pierre Briand, un retraité de l’Oise âgé de bientôt 63 ans, cherche à faire valoir son droit au cumul emploi-retraite pour continuer à exercer son métier d’AESH (Accompagnant des élèves en situation de handicap). Toutefois, il fait face à un délai de carence de six mois, qu’il remet en question, soulignant une incohérence dans le système administratif.
Depuis plus de vingt jours, Jean-Pierre se limite à consommer des tasses de café, menant une grève de la faim. Depuis le 1er décembre 2025, il ne peut plus exercer sa fonction parce qu’il est contraint à une période de carence de six mois. Il explique : « Cette carence existe dans les textes. Donc, au jour J de ma prise de retraite, j’ai été arrêté. En revanche, j’ai deux collègues AESH dans les mêmes conditions que moi qui n’ont vu leur CDD interrompu que 48 heures. »
Jean-Pierre a mis en ligne une pétition et a écrit plusieurs courriers adressés au Premier ministre ainsi qu’aux ministères du Travail et de l’Éducation. Son but est de dénoncer un flou juridique qui pourrait concerner d’autres AESH en France, pas seulement ceux de l’Amiénois. « J’ai le sentiment que cela dépasse mon petit nombril, cela peut concerner d’autres retraités qui voudraient donner de leur temps et leur expérience pour accompagner des enfants« , déclare-t-il.
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Jean-Pierre souligne également une double lecture de la loi. Bien que la carence soit stipulée, il note qu’il existe des exceptions pour certains métiers, notamment pour ceux qui travaillent avec des personnes handicapées. Bien que le métier d’AESH ne soit pas explicitement cité, il demande : « qu’on m’explique s’il y a une nuance entre les personnes qui s’occupent de celles handicapées et les AESH« . Sa caisse de retraite lui a confirmé que le délai ne s’applique pas dans son cas.
Selon la CARSAT (Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail), « certaines situations permettent de ne pas être soumis à l’obligation de cessation d’activités au moment du départ en retraite. L’activité d’AESH fait partie de ces cas dérogatoires« .
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Jean-Pierre estime qu’il y a peut-être une « aberration administrative » à lever pour le bénéfice des futurs retraités qui souhaiteraient consacrer leur temps et expérience aux enfants. Il craint cependant qu’après le délai de six mois, il ne soit pas recontacté. « On m’a dit : vous reviendrez si le groupement dont vous dépendez a des besoins. Le sous-entendu, c’est qu’on me met sur la touche« , dit-il.
Le rectorat a simplement affirmé qu’il applique la loi, précisant « qu’il n’existe aucun cadre réglementaire qui permette de le réintégrer dans le cadre d’un cumul emploi-retraite avant un délai de six mois de carence. » Du côté syndical, Benoît Michelan, co-secrétaire du FSU-SNUIPP dans l’Oise, rappelle que Jean-Pierre a droit au cumul emploi-retraite intégral. Il explique que « si on veut juste continuer à travailler sans cotiser, on le peut dès le premier jour de la retraite« , ce qui s’applique bien à Jean-Pierre.
On a une administration qui s’arc-boute peut-être sur une lecture des textes qui ne reste qu’une lecture. On peut en avoir une autre.
Benoît Michelan, co-secrétaire du syndicat FSU-SNUIPP dans l’Oise
Benoît Michelan met également en lumière un manque criant d’AESH dans le département. « Le ministère n’alloue pas suffisamment de crédits pour que ces recrutements soient effectués. Nous avions une personne qui était en poste sur plusieurs écoles et qui souhaitait continuer à travailler après sa retraite, car elle croit beaucoup au service public d’éducation« , a-t-il déclaré.
Finalement, la lutte de Jean-Pierre Briand vise à obtenir la « satisfaction de pouvoir contribuer à quelque chose, d’accompagner les enfants, les parents et la France de demain« . Il espère changer le regard des élèves « dits normaux » sur ceux qui n’ont pas un parcours facile, rappellant qu’à la rentrée 2025, « 50.000 enfants » en situation de handicap n’avaient pas pu être scolarisés par manque de personnel qualifié. Selon un rapport parlementaire d’octobre 2025, on en compte 1.000 dans l’Oise.
Avec Léna Malval / FTV
