Depuis quelques semaines, une psychose s’installe chez les parents de nourrissons. Alors que trois groupes industriels ont vu leurs marques de lait infantile déclarées impropres à la consommation suite à des soupçons de contamination, l’inquiétude grandit. Si les professionnels de santé se veulent rassurants, d’autres dénoncent de gros manquements.
Des rappels de produits cycliques
Tour à tour, plusieurs marques de lait infantile ont rappelé certains lots. La cause en est la présence d’acide arachidonique, une bactérie provoquant des vomissements. Mais après le décès récent de deux nourrissons, à Angers et Bordeaux, deux enquêtes pénales ont été ouvertes, sans que le lien avec le lait infantile ait été clairement établi.
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Peurs des parents
« C’est angoissant, ce sont des petits êtres fragiles, on n’a pas envie qu’il arrive quoi que ce soit, surtout quand on lit l’actualité et qu’on voit qu’il y a eu quand même quelques cas assez dramatiques », réagit Lise Blanchard, maman d’un bébé de trois mois. Si elle a trouvé un lait qui ne contient pas la substance mise en cause, la peur subsiste.
« De jour en jour, il y a de plus en plus de laits qui sont appelés à ne pas être utilisés », craint cette mère de famille, résidente à L’Houmeau, en Charente-Maritime. Pour nourrir son bébé, elle a changé trois fois de marque de lait. À chaque fois, elle a reçu l’interdiction de s’en servir. Après les laits de la marque Nestlé, ce sont ceux de Lactalis et Danone qui ont été rappelés. Les soupçons se portent à présent sur un fournisseur commun chinois.
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La peur gagne à présent les familles qui possèdent un enfant en bas âge. « J’étais un peu prise au dépourvu avec mon conjoint pour savoir quel lait utiliser en fonction de cette bactérie », se souvient Lise Blanchard.
Rassurances et précautions
À Poitiers, le pharmacien Jacques Chasseriau tente de se montrer rassurant. Selon lui, les contrôles et le système sanitaire français sont performants. « Si des symptômes apparaissent, ce n’est pas grave », assure-t-il. « Il faut juste éloigner le lait immédiatement et ne pas en reprendre. C’est l’accumulation des prises qui peut provoquer des symptômes graves. »
Il y a eu un laps de temps qui s’est passé entre les alertes et les retraits, qui n’est pas acceptable.
Quentin Guillemain, Président de l’association pour la santé des enfants
Malgré les nombreux rappels, il reste « plein de laits fiables », selon le pharmacien. « Les marques concernées sont très connues, donc on a une impression de masse, mais il y a encore tout un tas de marques qui ne sont pas concernées. Nous sommes loin de la pénurie », promet-il.
Des dysfonctionnements à dénoncer
Cependant, malgré les discours rassurants, des inquiétudes persistent. C’est le cas de Quentin Guillemain, président de l’association pour la santé des enfants. En 2017, son enfant a été contaminé à cause de la salmonelle présente dans le lait. Il dénonce encore aujourd’hui des dysfonctionnements dans le système de sécurité alimentaire. « Tous ces produits devraient être testés en arrivant avant d’être intégrés à des laits destinés à des nourrissons. Il y a un manquement majeur », déplore-t-il.
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Il déplore également une lenteur qui a entraîné des drames. « Nous avons eu une alerte qui a été donnée mi-décembre. Les retraits ont lieu mi-janvier ! Donc là, il y a eu un laps de temps qui s’est passé entre les deux, qui n’est pas acceptable. » Il envisage, avec son association, de porter plainte contre les différents industriels, ainsi qu’un recours auprès de l’État.
Si de nombreux cas devraient se régler devant la justice, parfois les preuves viennent à manquer. « On a un vrai problème de préservation des preuves puisque si l’on dit aux gens de jeter les produits qu’ils ont en leur possession, on ne pourra plus les analyser », regrette l’avocate spécialiste de la sécurité alimentaire, Nathalie Goutaland. Elle insiste auprès de tous les parents : « Conservez les laits quand les enfants ont eu des symptômes, ne les jetez pas ! Et surtout ne les remettez à quiconque d’autre que les autorités. »
