Le nombre de licenciés de la Fédération française de Darts (le nom anglais des fléchettes) grimpe en flèche : il a doublé en deux ans.
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C’est devenu l’activité à la mode. Les cibles retrouvent une place de choix dans les bars, mais c’est bien de cette image, un brin ringarde, qu’espèrent se détacher les pratiquants de fléchettes. S’ils considèrent leur discipline comme un sport, le ministère des Sports ne la reconnaît pas encore comme tel. Cependant, le regain d’attractivité des fléchettes, qui ont doublé leur nombre de licenciés en deux ans, pourrait être un argument de poids. Nous avons pu le constater lors d’un tournoi de fléchettes qui se disputait en Seine-et-Marne en ce mois de janvier.
Même si des joueurs se laissent tenter par une petite bière entre deux parties, on l’assure : oui, les fléchettes sont un sport ! « Ça paraît tout simple comme ça, mais entre la concentration, le gainage qu’il faut pour avoir tout le temps le même geste, répéter sans trembler, sans bouger… Il faut l’essayer pour savoir ! », assure Alexandre Martinez, licencié au Dolina Darts Club de Boulogne-Billancourt.
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Joueur de fléchettes depuis 15 ans, Alexandre a constaté que le niveau a “drôlement évolué à la hausse depuis quelques années”, grâce à l’arrivée de nouveaux joueurs qui font grimper la concurrence. “Il y a un effet Luke Littler, ce gamin de 18 ans qui est très très fort, intouchable, et un effet Thibault Tricole, notre représentant français sur le circuit professionnel”, juge-t-il. Cela permet également une médiatisation accrue des grandes compétitions.
Sur la chaîne L’Équipe, le 4 janvier dernier, ils étaient ainsi jusqu’à 630.000 téléspectateurs à suivre la finale des championnats du monde, faisant de la chaîne sportive la leader des chaînes TNT ce samedi soir. Parmi eux, certains ont été tentés de rejoindre un club. « Après ces championnats du monde, on a reçu une dizaine de demandes de licences que l’on a dû refuser, parce qu’on ne pouvait pas les accueillir”, témoigne Arnaud Lefort, président du club Army 78 à Versailles, créé en 2025. « Cette année, il y a aussi un nouveau club dans le 95 et deux nouveaux à Paris”, poursuit-il.
« En un an, on est passé de 120 licenciés à 250 en Île-de-France”, abonde Elodie Valentin, présidente du comité de Paris. Des statistiques locales qui suivent celles nationales : en 2023, la Fédération Française de Darts comptait 1.700 licenciés, contre 3.286 en 2025, selon des chiffres de France 3 Centre-Val de Loire. Parmi ces nouveaux licenciés, « on voit plus de jeunes, des familles, des femmes, mais aussi des soixantenaires qui débutent”, observe Antoine Longevialle, président du Dolina Darts Clubs. « Pour la première fois depuis bien longtemps, on a réussi à faire un tournoi junior avec cinq inscrits”, explique Arnaud Lefort.
En tournoi, dans le comité de Paris, alors qu’ils étaient une soixantaine un an plus tôt, ils sont ce jour-là 130 participants, dont une quinzaine de femmes. « J’ai découvert les fléchettes à la télévision l’hiver dernier, en 2024-2025. Je me suis demandée ce que c’était que ce sport, avec ces Anglais. C’est la fête, les gens sont déguisés, et en même temps ça a l’air très sérieux. Je ne me rendais pas compte de la difficulté”, raconte Alizée, joueuse au Sputnik Darts Club à Paris.
Avec un tel engouement, et pour accueillir un nouveau public avec des mineurs ailleurs que dans les bars, les clubs de fléchettes doivent donc négocier avec les municipalités pour obtenir des salles afin de pratiquer leur discipline. « On a l’accès à une salle de la mairie, mais on va essayer de profiter de cet engouement pour augmenter l’offre d’entraînement et jouer plus longtemps”, assure Stéphane Marty, président du club CAL de L’Haÿ-les-Roses.
Auprès de ces municipalités et des autres clubs sportifs, le regard sur les fléchettes change, assure Antoine Longevialle : « À Boulogne-Billancourt, le gros club de handball nous prenait un peu de haut, maintenant il nous regarde mieux, ça fait une différence”. Auprès du grand public aussi. « Pendant des années, quand je disais que je participais au championnat du monde de fléchettes, on se fichait de moi”, témoigne Jacques Labre, numéro 2 français et premier Français à avoir intégré la ligue mondiale professionnelle en 2023. “Aujourd’hui, le regard est complètement différent parce que la visibilité permet de se rendre compte qu’un champion du monde gagne plus d’un million d’euros. Les gens ouvrent les yeux et se rendent compte de l’enjeu, du côté professionnel.”
Jacques a tenté de faire reconnaître son sport auprès du ministère des Sports, mais sans réponse. Avec une médiatisation et un nombre de licenciés accrus, il s’agit du prochain combat de la Fédération française de Darts.
