Publiée le .
Temps de lecture : 3 min – vidéo : 8 min
Diffusée à partir de 21 h 05 sur France 2 ce mardi 28 avril, la série documentaire Tchernobyl, une tragédie sans fin retrace le cours de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl à travers des témoignages de survivants et des documents déclassifiés du KGB. Conseiller historique de la série, Laurent Coumel, spécialiste de l’URSS et de Tchernobyl, rappelle que « les éléments les plus radioactifs le sont pour 24 000 ans », et clarifie quelques points lors de l’émission « 11/13 ».
Pour les 40 ans de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, France 2 diffuse ce soir Tchernobyl, une tragédie sans fin, une série documentaire en quatre épisodes composée d’images et de témoignages inédits autour de la tragédie. Pour en parler, le « 11h/13h » de ce mardi 28 avril reçoit Laurent Coumel, historien spécialiste de l’URSS et de Tchernobyl, maître de conférences en histoire contemporaine de la Russie à l’INALCO, l’un des meilleurs connaisseurs français de la mémoire de la catastrophe, et conseiller historique de la série. Coauteur avec Tatiana Kasperski de Tchernobyl : La mémoire atomisée ?, le spécialiste répond aux questions de Christophe Gascard.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Christophe Gascard : Quarante ans après, pourquoi Tchernobyl continue-t-il de nous hanter ? Est-ce une catastrophe du passé ou une menace, au contraire, toujours bien présente ?
Laurent Coumel : J’aurais tendance à dire que Tchernobyl est une catastrophe toujours en cours. Elle est toujours en cours, à la fois parce que le bilan de cette catastrophe n’a jamais pu être fait, parce que les éléments les plus radioactifs le sont pour 24 000 ans. Les déchets, les débris, les retombées de cette catastrophe concernent à la fois le site de la centrale, mais aussi les alentours, voire d’autres pays en Europe, et resteront là encore pour des dizaines, des centaines, voire des milliers d’années. Et puis parce que la guerre en cours a également ravivé le spectre de la menace nucléaire dans cette région.
C’est ce que l’on vient de voir justement dans la bande-annonce et c’est ce qui terrorise aussi. Depuis 2022, la guerre menée par la Russie à l’Ukraine fait peser cette menace supplémentaire sur le site accidenté. On voit ces images, avec cet énorme sarcophage qui permet de protéger, mais tout cela reste assez fragile finalement ?
Oui, parce que c’est le deuxième sarcophage. Le premier avait été construit en quelques mois, en urgence, en 1986, en béton. Le deuxième est une arche métallique qui a coûté 1,5 milliard d’euros et a bénéficié d’un travail exceptionnel sur le plan technologique. Mais là, un drone probablement envoyé par la Russie, il n’y a pas d’autre explication possible, a percé le sarcophage en février 2025, provoquant un trou et un incendie sur le moment. Cela a fait perdre son étanchéité au sarcophage. Ce dernier, qui devait durer 100 ans et était destiné à couvrir ensuite des opérations de décontamination, a perdu une partie de la sécurité et de la fiabilité qui avaient été placées en lui.
Ce qui prouve aussi que le danger reste toujours là : combustible, déchet, instabilité régionale. Est-ce qu’on est réellement à l’abri d’un nouveau scénario catastrophe ?
Je ne voudrais pas non plus affoler le public, c’est-à-dire qu’on est dans une situation où il y a des déchets radioactifs sur place. Une installation, même comme une centrale nucléaire classique, qui n’a pas eu d’accident, doit être surveillée en permanence avant son démantèlement. Et là, nous avons du combustible qui a pris feu et qui a été projeté lors de l’explosion du bâtiment. Cela signifie que nous avons des débris qui restent à l’intérieur. Cela ne veut pas dire que c’est une bombe nucléaire à retardement potentiel, mais cela signifie que c’est un site très dangereux, qu’il faut continuer à surveiller et à démanteler au fur et à mesure des décennies.
On va revenir sur l’histoire, parce que vous êtes historien, vous avez aidé France Télévisions à créer cette série. Tchernobyl, ce n’est pas seulement finalement une explosion nucléaire, c’est aussi, comme vous l’expliquez dans ce documentaire, une explosion du mensonge d’État soviétique. Est-ce d’abord une catastrophe technologique ou une catastrophe politique ?
Oui, notre point de vue ici, parfois entre chercheurs, peut diverger. On peut considérer que c’est d’abord une catastrophe soviétique, dans la mesure où le régime du secret a mis en danger la population, car ce réacteur, moins fiable que d’autres, a été choisi pour produire de l’électricité alors qu’il était considéré officiellement comme très sûr. Ensuite, une partie des informations ont été soigneusement cachées à la population pendant au moins trois ans. À la fin du régime soviétique, la vérité a fini par sortir dans la presse et c’est ce qui a d’ailleurs provoqué en partie l’effondrement et le discrédit de ce système.
Cliquez sur la vidéo pour regarder l’entretien dans son intégralité.
