Penseur, sociologue et humaniste, Edgar Morin a quitté le monde qu’il a tant observé et qu’il aimait intensément, samedi 30 mai 2026, à l’âge de 104 ans. Résistant, politique, journaliste… Il ne s’était jamais enfermé, observant toujours la jeunesse. Docteur honoris causa dans 36 universités du monde, il laisse un héritage immense.
Retrospective sur une vie dédiée à la réflexion
Son œil malicieux, son sourire et sa pensée complexes auront traversé le siècle. Edgar Morin, né Nahoum en 1921, a conservé ce patronyme comme un nom de guerre qu’il n’a pas vraiment choisi. Il racontait dans l’émission « La Grande Librairie » en 2024 : « Je dis à la camarade qui vient me chercher : À partir de maintenant, je m’appelle Manin, et quand elle me présente aux autres camarades, elle dit : Je vous présente le camarade Morin. J’ai accepté cette erreur et je suis devenu Morin au lieu de Manin. »
Communiste engagé dans la Résistance, il est issu d’une famille de confession juive, originaire de Salonique. Dans une interview accordée à Bernard Pivot en 1989, il affirmait : « Je ne souffrais pas d’un manque d’amour. J’étais couvert, materné par mon père, parce que ma mère était morte quand j’avais dix ans. » Sociologue, philosophe et historien, cette machine à penser aimait se définir comme chercheur. « Je ne dirais pas que je recherche la vérité parce qu’une chose qui m’a beaucoup frappé, c’est une phrase de Carlos Suarez qui dit : ‘Cherche l’erreur et non pas la vérité.’ »
Dans la matinée du samedi 30 mai, ses proches saluent cet état d’esprit à nul autre pareil. Éric Fottorino, journaliste et écrivain, souligne : « Pour moi, c’est un exemple d’ouverture au monde, de curiosité, mais aussi d’ouverture à la pensée des autres, même si ce n’était pas la sienne. Il voulait faire dialoguer toutes les disciplines, la fameuse multidisciplinarité. »
Un esprit curieux et engagé
Toujours à l’affût de son temps, Edgar Morin se passionne pour tous les sujets, des plus nobles aux plus ordinaires. C’est d’ailleurs lui qui invente le terme « yé-yé » pour désigner la jeunesse des années 60 : « Elle a créé ses propres codes. Elle a ses lieux, qui sont les rassemblements de rock, etc. Puis j’avais pas mal d’éléments sur les États-Unis. Donc je fais une série de deux ou trois articles dont l’un s’appelle le yé-yé, parce qu’évidemment, ils disaient : y’a, y’a. »
Le cœur ancré à gauche, présent jusqu’au bout dans les médias, Edgar Morin a embrassé de nombreux combats, de la Guerre d’Algérie à la défense des démocraties, en passant par l’urgence climatique. Pour le président Emmanuel Macron, Edgar Morin représentait « l’humanisme fait personne. Avec sa bienveillance et sa curiosité, il ne cessait de nous éclairer. »
Mort à 104 ans, le vieux sage inspiré aura jusqu’au bout tenté de résister.
