Quand les décisions judiciaires déplaisent, les magistrats deviennent des cibles – non seulement de la vindicte populaire sur les réseaux sociaux, mais aussi de puissances étrangères désapprouvant certains jugements. Cet article présente un extrait de « Complément d’enquête » sur ces menaces qui pèsent sur la justice française, souvent en provenance des États-Unis.
Échanges controversés autour de Marine Le Pen
Certains griefs envers la justice française, après la condamnation de Marine Le Pen à deux ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité dans l’affaire des assistants du Parlement européen, auraient traversé l’Atlantique, atteignant la patrie de Donald Trump. Bien que les rumeurs de sanctions américaines envisagées contre les juges aient été démenties, une magistrate française a rapporté dans cet extrait de « Complément d’enquête » ce qu’elle considère comme une tentative d’ingérence.
Il y a un an, Magali Lafourcade, la secrétaire générale de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), a reçu à Paris la visite de deux émissaires de Washington : Christopher Anderson et Samuel Samson, représentants du département d’État. Ils venaient défendre les droits d’une femme que Donald Trump a soutenue publiquement sur son réseau social après sa condamnation avec le message : « Free Marine Le Pen » (« Libérez Marine Le Pen »).
La magistrate a été frappée par l’utilisation du terme « ban », suggérant l’idée qu’elle avait été bannie de l’espace politique. Magali Lafourcade a ressenti qu’ils cherchaient à obtenir un maximum d’informations pour étayer leur conviction que la situation de Le Pen était liée à son statut d’opposante politique à Emmanuel Macron, et qu’elle devait être empêchée de se présenter aux prochaines élections présidentielles. À la fin de la rencontre, les émissaires ont subtilisé demandé si la CNCDH ne pourrait pas intervenir pour les droits de Marine Le Pen. Immédiatement après, elle a informé le ministère des Affaires étrangères, qui n’a pas répondu aux sollicitations de « Complément d’enquête », tout comme les diplomates américains.
Le cas de Nicolas Guillou
Un autre magistrat français est également victime de sanctions américaines. Nicolas Guillou, juge à la Cour pénale internationale, est considéré, depuis neuf mois, comme un ennemi des États-Unis pour avoir approuvé un mandat d’arrêt pour « crimes contre l’humanité et crimes de guerre » contre un allié de Donald Trump : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou.
Sous l’effet de ces sanctions, son quotidien a basculé. Outre l’impossibilité de se rendre sur le territoire américain (qui vaut aussi pour sa famille) et le gel de ses avoirs, ces mesures impliquent également l’interdiction pour toute personne physique ou morale américaine de lui fournir des services. En clair, il ne peut plus utiliser de cartes bancaires Mastercard ou Visa, ni effectuer d’achats en ligne via Amazon, Google ou Apple… Le juge doit tout payer en liquide. Il ignore quand ces sanctions, normalement réservées aux terroristes ou aux trafiquants internationaux, seront levées… s’elles le sont un jour.
Au total, onze juges et procureurs de la Cour pénale internationale ont été ciblés par des sanctions américaines. Nicolas Guillou est le premier magistrat français concerné. « Le tabou a été levé », déplore-t-il, puisque maintenant non seulement des juges internationaux, mais aussi des juges nationaux ont été placés sous sanctions. Tout cela crée un climat d’incertitude et de peur, et montre que les États-Unis sont prêts à aller jusqu’à ce genre de mesures pour modifier des décisions de justice. »
Extrait de « ‘Laxistes’ ? ‘Gauchistes’ ? Les juges pris pour cible !« , diffusé dans « Complément d’enquête » le 28 mai 2026.
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