Voyage chez les admirateurs de Napoléon avec La folie Sainte-Hélène de Jean-Christophe Rufin, road-novel en Argentine avec Ámbar de Nicolás Ferraro, immersion dans le quatrième âge avec La pensionnaire de Joy Fielding, plongée en apnée dans les entrailles de Los Angeles avec Tout le monde sait de Jordan Harper. Les auteurs et autrices de thrillers rivalisent de créativité et d’imagination. Voici un tour d’horizon de sept titres qui ont attiré notre attention.
« Ámbar » de Nicolás Ferraro : au nom du père
Une évidence d’abord : Nicolás Ferraro sait écrire et raconter. L’écrivain argentin manie une langue riche, vivante et multiplie les formules qui font tilt. Il impose un rythme qui rend l’histoire addictive. Grâce à son écriture cinématographique, le lecteur se retrouve immergé dans ce thriller captivant. Ámbar a quinze ans. Elle rêve de normalité, d’utiliser son vrai nom, d’aller à l’école, de sortir avec des personnes de son âge et de se fixer dans un lieu. Être une ado comme une autre, et de ne plus être « la cicatrice préférée » de son père. Sauf qu’elle est la fille de Victor, un gangster que la violence suit pas à pas. Après l’assassinat de son ami Giovanni, Victor comprend qu’il est une cible lui aussi. Victor jure (souvent) de changer pour sa fille : « ses promesses sont des vérités avec une date de péremption ». En fuyant la violence, père et fille se rapprochent et se (re)découvrent, au péril de leur vie. Nicolás Ferraro livre un roman noir époustouflant.
« Ámbar », Nicolás Ferraro, traduit par Alejandra Carrasco-Rahal et Georges Tyras, éditions Rivages, 256 pages, 21,00 euros
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« La pensionnaire » de Joy Fielding : les mémoires de Jenny Cooper
La vieillesse est-elle un naufrage ou une oasis ? Jenny Cooper a « dépassé l’âge où une femme devient invisible aux yeux du monde ». Elle approche les quatre-vingt-douze ans, voire plus. En croisant Linda Davidson, soixante-seize ans, dans les couloirs de Legacy Place, un établissement pour personnes âgées souffrant de troubles de la mémoire, Jenny lui confie un secret : elle tue les gens. Jenny est censée souffrir de démence sénile. Quel crédit accorder à sa troublante confession ? Une semaine plus tard, monsieur Oscar de la chambre 409 est retrouvé mort dans sa chambre. Presque centenaire, son décès semble naturel. À moins que Jenny… Parce que la vieille dame confesse plusieurs meurtres, essentiellement des hommes qui lui ont fait du mal. Est-ce vrai ou sa mémoire lui joue-t-elle des tours ? « Je ne sais pas, je suis sénile ». Une relation s’instaure entre la présumée tueuse en série et Linda Davidson. À travers ce roman psychologique, Joy Fielding aborde la vieillesse avec beaucoup de délicatesse. Au-delà de l’intrigue, l’autrice canadienne narre une relation entre deux personnes âgées que tout oppose.
« La pensionnaire », Joy Fielding, traduit par Anna Souillac, éditions Michel Lafon, 398 pages, 21,95 euros
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« La folie Sainte-Hélène » de Jean-Christophe Rufin : Napoléon, les Reconstitueurs et le consul
Avec Jean-Christophe Rufin, le dépaysement est garanti. On a quitté le consul Aurel Timescu en Albanie, on le retrouve à Sainte-Hélène dans une enquête extraordinaire qui convoque l’Histoire et… l’humour. « Il faut être au moins Napoléon et avoir été battu pour mériter un tel exil sur cette île perdue de l’Atlantique Sud ». Un exil VIP pour un consul pas comme les autres. Le personnage récurrent de Jean-Christophe Rufin est à lui seul une épopée… et une épine tenace pour le Quai d’Orsay qui rêve de se débarrasser de lui en l’envoyant vers des destinations dangereuses ou totalement perdues. Ou les deux. Le voici donc consul honoraire à Sainte-Hélène, chargé des « lieux saints », lieux où Napoléon a été détenu et où il est mort. Des lieux sacrés pour les nombreux admirateurs de l’Empereur. Sa mission : enquêter sur la disparition de son prédécesseur, Hubert Bouize. Aidé par Anastasia, il croise au cours de ses investigations des personnages aussi originaux les uns que les autres. La folie Sainte-Hélène, voyage chez les fans du plus célèbre porteur de bicorne.
« La folie Sainte-Hélène », Jean-Christophe Rufin, éditions Calmann-Lévy, 259 pages, 19,90 euros
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« La rancune des morts » de Gilda Piersanti : la part des vivants
« Celle qu’ils attendaient tous de voir entrer sur scène était Beatrice Valli, la soprano, mezzo-soprano et contralto, qui pouvait vous terrifier de plaisir avec sa voix caverneuse et sombre pour vous fouetter ensuite par d’imprévisibles aigus ». Beatrice Valli chante Elektra pour la première fois, en novembre 2014, à l’opéra de Rome. La cantatrice s’écroule sur scène, et dans sa chute entend sa mère dire : « la rancune des morts ». Remontons le temps. Vingt ans plus tôt, le 13 juin 1994, sa mère, Antonia, a été mortellement poignardée chez elle. Ses parents étaient au bord du divorce avant le drame. Tout désigne le père, célèbre écrivain, comme coupable. Dans cette tragédie familiale, Gilda Piersanti sonde les âmes avec précision. Avec elle, les apparences sont trompeuses, les retournements spectaculaires. L’autrice est
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