Tous les jours, une personnalité s’invite dans le monde d’Élodie Suigo. Mercredi 1er avril 2026, le comédien François Berlénand présentait le film documentaire L’Œuvre invisible d’Avril Tembouret et Vladimir Rodionov, qui sort au cinéma le 8 avril.
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François Berlénand fait partie de ces acteurs qui n’ont pas besoin de s’imposer pour exister. Son parcours n’a rien de linéaire ; longtemps, il a été cet homme des marges lumineuses, celui qui surgit dans un film pour en déplacer l’équilibre. Le 8 avril 2026, sortira le film documentaire L’Œuvre invisible, d’Avril Tembouret et Vladimir Rodionov. Un film dans lequel il ne joue pas et dans lequel il n’intervient pas. Ce long-métrage s’intéresse à une figure aussi fascinante qu’insaisissable, Alexandre Trannoy, un cinéaste dont on dit qu’il a traversé des décennies de projets, de tournages, de tentatives, sans jamais laisser derrière lui une œuvre achevée. Ce qui frappe, c’est la manière dont le film fait exister cette figure presque mythologique.
Un homme méconnu
franceinfo : Je voudrais que vous me parliez de cet homme, que finalement très peu connaissent ; qui était-il ?
François Berlénand : Je l’ai connu en 1978. À l’époque, j’étais dans le théâtre subventionné, je venais de faire une création dans laquelle j’avais eu des critiques dithyrambiques. Je venais de voir Chabrol qui me proposait un rôle dans Violette Nozière. J’appelle donc mon agent le lendemain et je lui dis que je vais dire oui à Chabrol. À ce moment, elle me dit d’attendre parce qu’Alexandre Trannoy vient d’appeler et il veut absolument me rencontrer. Je le rencontre et il me propose le premier rôle de son prochain film avec Claudia Cardinale, excusez-moi du peu, et Charles Denner. Je me retrouve avec le scénario et j’appelle mon agent pour dire que le scénario est formidable, mais qu’est-ce que je fais par rapport à Chabrol, car c’est un second rôle alors que là, c’est un premier rôle. Elle me dit de choisir le premier rôle et qu’elle va se débrouiller avec Chabrol. Chabrol m’en a voulu pendant 25 ans mais peu importe. J’accepte avec enthousiasme. C’était un bonheur. Je sortais d’une journée de tournage par-ci, une journée de tournage par-là. On se retrouve au maquillage et tout à coup, on entend des éclats de voix. C’est la production qui arrive et qui dit que le film est un plagiat d’un film italien des années 50. C’est un scandale.
« Alexandre Trannoy arrive, il avait un charme fou et il dit, on s’en fout, on tourne. On commence à vouloir jouer, mais la production arrive et dit que c’est hors de question, donc impossible de tourner. »
François Berlénand
à franceinfo
Ensuite, je n’ai plus eu de nouvelles de M. Alexandre Trannoy. J’ai essayé de le joindre plusieurs fois, puis six mois après, on décroche et c’était une boucherie.
Un héritage fascinant
Dans le film, certains continuent pourtant de parler de lui avec une forme d’admiration. On évoque son charisme, sa capacité à embarquer les autres, à faire exister des projets immenses, même s’ils ne se concrétisent pas. Cette capacité à faire croire et à entraîner, est-ce que vous l’avez ressentie vous aussi ?
Cet homme était en fin de compte un mythomane, mais absolument incroyable. Dans le documentaire, c’est absolument extraordinaire, vous avez des gens comme Jean-Claude Carrière, Jean Rochefort, Anouk Aimée, qui témoignent de cette folie de l’homme. Il a réussi à embarquer tout le monde, c’est extraordinaire.
En vous écoutant, on ne peut pas s’empêcher de faire un parallèle, il y a ce mot invisible dans cette œuvre et pendant très longtemps, vous avez imaginé être l’homme invisible.
Oui, c’est pour ça que le film d’Avril et de Vladimir me touche énormément, parce que parler d’une œuvre invisible, c’est particulier.
Une carrière bouleversée
Qu’est-ce que vous a procuré ce métier d’acteur jusqu’à aujourd’hui ? Votre carrière a failli s’arrêter net à cause de cette proposition ?
Oui, après une épreuve comme ça, j’ai cru que je ne me relèverais pas, car j’ai fait des choix.
« J’aurais pu intégrer l’équipe du Splendid, j’ai préféré continuer le théâtre. »
François Berlénand
à franceinfo
Je me souviens que quand Alexandre m’a proposé ce film et que ça ne s’est pas fait, je me suis dit, « Je suis maudit, je n’y arriverai jamais« . En même temps, je m’en fichais, parce que je n’ai jamais voulu être une vedette. Je le suis devenu par hasard, mais je ne voulais pas ça, je voulais simplement travailler. Là, je me suis dit, c’est sûr que le vedettariat n’existera pas pour moi.
Des souvenirs nostalgiques
Ce qui est incroyable dans ce documentaire, c’est qu’on entend Jean Rochefort, on voit sa personnalité, Jacques Perrin aussi, beaucoup nous ont quittés. Qu’est-ce que ça vous évoque ?
Tous les gens qui interviennent dans le film, je les ai vraiment bien connus. Ça me fait vraiment quelque chose, car c’est un film qui s’est fait sur 15 ans. Ce n’est pas rien et ça m’a extrêmement troublé. Et puis de me dire que ce type avait un charisme absolument incroyable. D’avoir pu embarquer tout ce monde-là, ça a été une espèce de monument du cinéma, invisible.
