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Le joueur des San Antonio Spurs mène depuis plusieurs semaines campagne pour tenter de remporter le titre de meilleur joueur de la saison régulière.
On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Ce proverbe, issu de Bruis et Palaprat de Charles-Guillaume Étienne, Victor Wembanyama s’en est saisi tel un ballon dans la raquette. Le pivot français, auteur d’une saison de haut vol avec sa franchise des San Antonio Spurs, est devenu un candidat naturel pour le titre tant convoité de Most Valuable Player (MVP) de la saison régulière.
Aucun Français ne l’a remporté dans l’histoire, ni aucun joueur de 22 ans, l’âge de Wemby. Ce dernier est en compétition avec le tenant du titre, le Canadien Shai Gilgeous-Alexander, ou encore le Serbe Nikola Jokic. Le natif du Chesnay, dans les Yvelines, a mené une campagne « à l’américaine » pour bousculer les certitudes et s’inviter dans la course au titre.
Le 24 mars dernier, Victor Wembanyama a fait acte de candidature pour le titre de MVP. En conférence de presse, le Français, micro à la main, sûr de lui, déclare, d’un ton posé : « Je pense qu’il y a un débat actuellement (sur le MVP). Il devrait y en avoir un, même si je pense que je devrais être en tête. Je m’efforce de faire en sorte qu’à la fin de la saison, il n’y ait plus aucun débat. »
Et il énonce trois arguments : « Premièrement, je dirais que la défense représente 50 % du jeu et qu’elle est sous-estimée jusqu’à présent dans la course au titre de MVP. Je pense être le joueur avec le plus d’impact défensif dans la ligue. Deuxièmement, nous avons quasiment balayé le Thunder d’OKC cette saison et nous les avons dominés à trois reprises avec leur équipe type. Troisièmement, l’impact offensif ne se résume pas aux points marqués. »
Vu de France, le propos peut paraître arrogant, aux États-Unis, pas du tout, c’est culturel. « On vit dans une période de l’histoire d’auto-promotion à tous les niveaux, regardez par exemple comment communique le président des États-Unis Donald Trump », analyse pour Franceinfo George Eddy, voix du basket en France, notamment à Canal+. Dans toutes les strates de notre société et plus particulièrement chez la jeune génération, on croit que c’est comme ça qu’on va réussir, il faut se vendre. Ce n’est pas nouveau, c’est exacerbé aujourd’hui dans la culture moderne avec les réseaux sociaux. »
« C’est moins dans la culture européenne de se vanter, de dire ‘je suis le meilleur, je suis le plus fort’, mais aux États-Unis, les rappeurs, les acteurs font ouvertement campagne pour gagner l’Oscar ou les chanteurs aux Grammy Awards. »
George Eddy, spécialiste basket à Canal Plus
« Je comprends cela car je suis américain d’origine. Si vous ne vendez pas vos propres qualités, personne ne va le faire à votre place ! », continue George Eddy. C’est du chacun pour soi, la culture capitaliste est comme ça, il faut croire en soi-même et savoir se vendre si on veut s’imposer dans une culture hyperconcurrentielle. »
Une campagne qui ne surprend pas Rémi Reverchon, journaliste à BeIn Sport et un des deux Français avec Maxime Aubin, de L’Équipe, à pouvoir voter pour le MVP. « C’est un aspect assez culturel, assez commun du monde du sport professionnel américain de s’auto-booster pour des campagnes quelles qu’elles soient », détaille-t-il pour Franceinfo. Par exemple, Kobe Bryant le faisait beaucoup à l’ego, sûr de lui. En France, on a du mal à appréhender, quand Kylian Mbappé ou d’autres sportifs font ça en France, se mettent en avant, on a tendance à prendre ça pour de l’arrogance, alors qu’aux États-Unis, non. »
Le discours de Victor Wembanyama peut-il influencer les journalistes dans leur choix ? « Théoriquement, non, il y a un ensemble de critères sportifs assez objectifs pour décider de ces votes-là, la réussite collective d’une équipe, la réussite individuelle, les statistiques, son influence sur les autres… Ses prises de paroles ne sont pas censées faire partie du lot, car on élit un joueur sur ses caractéristiques sportives », tranche Rémi Reverchon.
« La sortie de Victor a été d’autant appréciée que c’est suivi de résultats. »
Rémi Reverchon, journaliste BeIn Sport votant pour le MVP de la saison
« Il y a la MVP Ladder, un classement que produit la NBA chaque semaine de manière totalement arbitraire, pour classer les meilleurs joueurs de la Ligue. Wembanyama était troisième la semaine précédant son intervention. La semaine d’après, sans avoir fait des choses extraordinaires, bam, il est propulsé en tête ! », explique Rémi Reverchon. Franchement, je trouve qu’il a raison de faire ça (sourires).
Le discours du Français a eu le mérite de faire bouger les lignes. Au-delà de la forme, il a relancé le débat sur la place des défenseurs dans la course au titre suprême. « Il a relancé le débat sur pourquoi un joueur mérite le titre de MVP. Ses arguments sont très justes, il est de loin le meilleur défenseur de toute la NBA, et 50% du jeu se passe dans la moitié du terrain où vous défendez », confirme George Eddy à Franceinfo. « Il est aussi parmi les meilleurs attaquants, et donc il a tout à fait raison de faire son auto-promotion, mais si ce n’est pas de la vantardise, c’est pour dire ‘moi aussi j’existe, regardez je ne suis pas Américain, je suis Français mais j’ai des arguments à faire valoir et je suis méritant pour être MVP dès cette saison.’
La campagne de Victor Wembanyama commence à porter ses fruits. Stephen A. Smith, consultant vedette de la chaîne ESPN, du haut de ses quelques 14 millions de followers sur ses réseaux sociaux, a retourné sa veste après l’argumentaire du Français. « Wemby m’a fait changer d’avis, je le mets en tête. J’ai un vote, il a mon vote. »
Quant à Rémi Reverchon, qui votera d’ici deux semaines, son choix n’est pas encore totalement tranché. « La réalité, c’est que très sincèrement, je suis encore dans l’hésitation entre Shai Gilgeous-Alexander et Victor Wembanyama. Le Canadien, qui est fantastique cette saison, est le leader de la meilleure équipe. Et Victor, pour la Ligue, ce qu’il a montré et son côté français qui entre en jeu. Je suis très embêté. »
