Six accusés comparaissent pour le meurtre de deux hommes en 2019 près de Marseille, parmi lesquels figurent « Gaby » et « Mamine », mis en examen dans l’important coup de filet mené mi-mars contre l’organisation criminelle. Une guerre des clans marseillais de nouveau exhumée aux assises. Le procès pour meurtre de deux hommes, Farid Tir et Mohamed Bendjaghlouli, victimes en 2019 d’une vendetta sanglante initiée en 2010 dans le quartier du Font-Vert de la cité phocéenne, s’ouvre lundi 23 mars à Aix-en-Provence. Six accusés vont comparaître jusqu’au 10 avril devant la cour d’assises des Bouches-du-Rhône. Cinq d’entre eux sont mis en examen pour « meurtre en bande organisée » et « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime ». Le sixième ne comparaît que pour ce deuxième chef d’accusation.
Plus de six ans après les faits, l’ombre de l’organisation criminelle DZ Mafia plane sur ce procès. Deux des accusés, Gabriel O. et Amine O., ont déjà fait parler d’eux mi-mars à l’occasion de l’opération baptisée « Octopus », qui a permis l’arrestation de 42 personnes. Les deux hommes, mis en examen après ce vaste coup de filet, sont soupçonnés de piloter des activités criminelles liées au narcotrafic depuis leur prison de haute sécurité. Voici ce que l’on sait de ce procès qui s’ouvre dans un contexte brûlant.
Deux hommes criblés de balles dans un hôtel
Dans la matinée du 30 août 2019, Farid Tir et Mohamed Bendjaghlouli sont retrouvés morts, criblés de balles dans une chambre de l’hôtel Formule 1 de Cabriès (Bouches-du-Rhône), entre Aix-en-Provence et Marseille. L’exploitation de la vidéosurveillance a permis d’établir que les faits ont été commis par deux individus, cagoulés et gantés, aux alentours de 5h30 du matin.
Un premier homme a d’abord tapé les codes d’entrée de l’hôtel et de la chambre, permettant au second de pénétrer dans la pièce où se trouvaient Farid Tir et Mohamed Bendjaghlouli et d’ouvrir le feu. Attendus devant le portail de l’établissement « par au moins une troisième personne », les deux individus ont pris la fuite à bord d’un véhicule noir.
Si deux hommes ont succombé à leurs blessures cette nuit-là, l’enquête montre que Mohamed Bendjaghlouli est une « victime collatérale de son amitié » avec la cible principale : Farid Tir. Le jeune homme, tué à l’âge de 29 ans, n’est pas le premier membre de la famille Tir à subir les conséquences mortifères d’une guerre des clans marseillais.
Deux clans qui se livrent une vendetta sanglante
C’est en 2010 que le cercle vicieux de violence, sur fond de trafic de stupéfiants dans le quartier du Font-Vert, s’engage entre deux clans autrefois alliés : les membres des familles Tir et Berrebouh contre la famille Remadnia, alliée de la bande de Marignane. Cette vendetta sanglante aboutira à plus d’une vingtaine de règlements de comptes à partir de 2010, parmi lesquels figure notamment le grand-père de la victime, Saïd Tir, baron marseillais assassiné en avril 2012, deux mois avant son procès où il devait comparaître pour trafic de cannabis et de cocaïne.
Karim Tir, l’oncle de Farid Tir et producteur du rappeur Jul, a aussi fait les frais de ce ping-pong sanglant, assassiné en juin 2014 par Mohamed Seghier, condamné à trente années de réclusion criminelle. Quatre ans auparavant, le frère de l’auteur de ce crime, Karim Seghier, avait lui-même été exécuté. Un assassinat attribué au clan Tir qui n’a cependant jamais été élucidé par la justice.
Mohamed Seghier a également été condamné pour deux meurtres commis en 2016 visant Nouri Lakas et Nasser Khellaf, deux alliés du clan Tir. Un mois après la mort de Karim Tir, un autre homme, Zakary Remadnia, soupçonné d’être lié à son assassinat, est à son tour abattu en juillet 2014. Le frère de Farid Tir, Eddy, sera condamné en octobre 2019 à quinze ans de prison ferme pour avoir commandité cet assassinat depuis sa cellule.
Un contrat à 300 000 euros sur la tête
La mort de Farid Tir est intervenue en pleine guerre de territoire liée au trafic de stupéfiants, selon les éléments de l’enquête. Farid Tir convoitait en effet certains points de deal sous le contrôle d’un chef de réseau, Karim H., surnommé « Rantanplan », et s’attirait les foudres du clan adverse. En représailles, un contrat de 300 000 euros aurait été mis sur la tête de l’homme de 29 ans, selon les éléments du dossier consultés par Franceinfo. Un projet meurtrier financé d’une part par Karim H. et de l’autre par Mohamed Seghier, qui considérait Farid Tir comme le responsable de la mort de son frère Karim en 2010.
C’est depuis les Émirats arabes unis que Karim H. a organisé la traque de Farid Tir en amont de son exécution, à l’aide d’un « relais » sur le territoire français, Walid B. Après une tentative d’assassinat avortée, « Rantanplan » a engagé son ami Amine O., mieux connu sous son surnom « Mamine », toujours incarcéré, qu’il avait rencontré en prison en 2017. Un ciblage stratégique. Originaire de la cité Micocouliers et connaissant Farid Tir, Amine O. a à son tour recruté son compagnon de braquages avec qui il avait été condamné en 2013, Gabriel O., alors évadé de prison.
Plus connu par son surnom « Gaby », le jeune homme a infiltré l’entourage de la future victime du clan Tir, afin de gagner sa confiance et d’informer les commanditaires de tous ses déplacements, jusqu’à obtenir les codes de la chambre d’hôtel des deux futures victimes. Pour mener à bien le projet, Gabriel O. a finalement recruté les deux exécuteurs, le futur tireur Zaineddine A. et Adrien F., qu’il a déposés et attendus devant l’hôtel la nuit des meurtres, « avant de partir faire la fête en Espagne ».
De son côté, le multicondamné Mohamed Seghier apprendra la mort de Farid Tir seulement après les faits. Bien qu’il s’en réjouisse par message, il ne sera pas inculpé dans cette affaire.
Deux chefs de la DZ Mafia parmi les accusés
Plus de six ans après l’assassinat de Farid Tir, l’ombre de l’autoproclamée DZ Mafia plane sur ce procès. Les accusés Gabriel O., aussi appelé « Gaby », et Amine O., mieux connu sous son surnom « Mamine », sont devenus deux chefs de l’organisation criminelle et sont soupçonnés de piloter des activités criminelles liées au narcotrafic depuis leur prison de haute sécurité.
Ils ont d’ailleurs été mis en examen dans l’opération d’envergure de la gendarmerie nationale baptisée « Octopus ». Un coup de filet qui a permis l’interpellation, lundi 9 et mardi 10 mars, de 42 personnes à l’issue d’une enquête ciblant notamment le blanchiment d’argent issus du trafic de stupéfiants au cœur de l’organisation qui se distingue par l’extrême violence de ses membres.
Amine O., seulement inculpé dans ce dossier pour « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime », encourt une peine de 15 ans, si le crime est aggravé. Condamné à plusieurs reprises, il est notamment suspecté d’avoir commandité plusieurs assassinats, y compris le
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