
Derrière le décor en clair-obscur, les jeux de matières iridescentes et la perfection d’un jodhpur, la collection de la directrice artistique française pour l’hiver prochain du sellier fait une nouvelle démonstration de son savoir-faire.
«La collection se situe au crépuscule, non pas dans un sens lugubre, mais dans cet espace liminal où tout d’un coup, ce qui est familier devient étrange, et l’œil doit redessiner, doit réagencer les contours pour voir réapparaître de nouvelles formes, de nouvelles couleurs», explique d’emblée Nadège Vanhée quelques minutes avant son défilé de l’hiver 2026. Ce qui m’intéresse, c’est comment porter plus loin et plus profond le regard, la perception dans un monde où tout va très vite et est saturé d’images immédiates.
Comme cette silhouette Hermès familière – jodhpur et veste équestre – qui prend une tournure, peut-être pas étrange, mais un peu différente sur le podium de la Garde républicaine, samedi en début d’après-midi. Dans le grand manège investi par la marque, la mousse de bois qui tapisse le sol dégage ses effluves frais, humides et doux. Pourtant, Nadège Vanhée insiste, sa femme est bel et bien une urbaine, ancrée, autonome, «qui voit la nuit comme un terrain d’expérimentation créative».
À lire aussi : «J’ai fini par comprendre qu’Alaïa, c’est la réduction à l’essentiel» : le sublime défilé des adieux de Pieter Mulier à l’ancienne Fondation Cartier.

S’aventurant dans ce podium en clair-obscur, une fille en cuissarde, en veste de maille zippée (dont la découpe devant reprend la forme de la veste équestre qui permet le mouvement de la jambe pour monter en selle) et cycliste assorti, a souligné sa taille d’une ceinture en cuir et chaîne collier de chien. Plus loin, une autre a enfilé un tailleur de jour veste croisée et pantalon cigarette, sur une chemise à col dressage, elle-même passée sur un sous-pull bleu noir, un sublime sac Togo au bout des doigts.
Dans cette idée de changer la perception, la directrice artistique a sorti des archives du sellier, le dessin moderniste du carré Perspective créé par Cassandre en 1951, ici décliné sur une chemise en twill de soie ou une mini-robe trapèze. « Ce dessin est comme une fenêtre ouverte vers le ciel, vers le futur. J’avais envie d’amener une sensualité et une contemporanéité à la rigueur presque froide du modernisme », poursuit-elle.

Toujours à l’intérieur du cadre (comme celui d’un carré de soie), la directrice artistique du sellier reste fidèle à sa silhouette et à sa palette de couleurs, ajoutant des nouveaux items comme le fameux jodhpur, parfois à bretelles, en maille de laine et soie aux couleurs variant à la lumière ; un très réussi pull en maille côtelée double face bicolore au col contrasté porté avec une irrésistible cravate en tricot de soie ; ou encore un tailleur masculin parfaitement cintré reprenant le principe des quatre poches de la veste équestre.

On aimerait parfois que cette silhouette très affirmée laisse plus de place à la liberté, à la surprise, à la légèreté. De la même manière qu’Hermès ne saurait être réduit à ses selles, son Kelly ou ses carrés – on pense aux chaînes en argent dont rêvent toutes les jeunes filles en ce moment, à la variété des produits d’hier et d’aujourd’hui -, la femme de Nadège n’a pas besoin d’armure pour exprimer (ou pas) qui elle est. Il suffit par exemple de la simplicité d’un manteau biker en veau patiné.
