Décédé aujourd’hui à l’âge de 83 ans, le romancier et chroniqueur ironique du Portugal contemporain, Antonio Lobo Antunes, avait été plusieurs fois pressenti pour le prix Nobel.
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Auteur d’une trentaine de romans et de plusieurs recueils de chroniques de presse, Antonio Lobo Antunes est décédé aujourd’hui à Lisbonne à l’âge de 83 ans. « C’est avec une profonde tristesse que nous déplorons la mort d’António Lobo Antunes, écrivain portugais majeur, interprète sensible et incomparable de la condition humaine, l’un de nos auteurs les plus reconnus de ces dernières décennies », a réagi la ministre de la Culture, Margarida Balseiro Lopes, dans un message publié sur X.
Sa maison d’édition, le groupe Leya, a pour sa part évoqué la « profonde tristesse » provoquée par la disparition de l’auteur « de romans qui resteront pour toujours dans la mémoire de ses lecteurs et admirateurs ». Plusieurs fois pressenti pour le Nobel de littérature, Lobo Antunes est l’auteur d’une œuvre exigeante. Cherchant à « rompre avec la ligne droite du récit classique », Lobo Antunes a ouvert les frontières du roman pour y faire entrer la poésie et l’autobiographie, et compare sa façon d’écrire à un « délire contrôlé ».
Par le biais de drames personnels, traitant de la mort, de la solitude ou de l’absence d’amour, Lobo Antunes a dressé, dans une prose baroque, ouvragée et métaphorique, un tableau sans concession de la société portugaise, encore marquée par un demi-siècle de dictature et une guerre coloniale qu’il a lui-même vécue, en tant que médecin militaire sur le front angolais de 1971 à 1973.
Né le 1er septembre 1942 dans une famille de la grande bourgeoisie lisboète, aîné d’une fratrie de six garçons, Antonio Lobo Antunes devient, à son retour d’Angola, psychiatre dans un hôpital de la capitale portugaise. Publié en 1979, son deuxième roman, Le cul de Judas (Os Cus de Judas), monologue d’un homme revenu de la guerre en Angola, est salué par la critique. À partir de 1985, l’auteur se consacre exclusivement à l’écriture.
Du décès d’un toxicomane dans La mort de Carlos Gardel (A morte de Carlos Gardel, 1995) au dépeuplement de la région de l’Alentejo, au sud du Portugal, dans « La Nébuleuse de l’insomnie » (Arquipélago da insónia, 2008), en passant par les mésaventures d’un gang d’une banlieue imaginaire de Mon nom est légion (O meu nome é legião, 2007), l’écrivain prend toujours parti pour les victimes et les opprimés. Certains critiques comparent son œuvre à celle du grand romancier portugais Eça de Queiros, auteur d’un portrait corrosif du Portugal du XIXe siècle.
« J’aime ce pays. Nous sommes laids, petits et bêtes, mais j’aime ça », déclare un jour celui qui, dans Le Manuel des inquisiteurs (Manual dos inquisidores, 1996), dénonçait avec acrimonie les mensonges et désillusions qui ont suivi la Révolution des Oeillets de 1974 et l’avènement de la démocratie.
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Antonio Lobo Antunes avait reçu en 2007 le Prix Camoes, la plus importante distinction littéraire de langue portugaise. Cet homme au regard bleu tantôt intense, tantôt perdu, se disait étranger « au bruit qui accompagne le succès ». En apprenant que son œuvre devait entrer dans le catalogue de la Pléiade, il déclarait en 2018 qu’il s’agissait de « la plus grande reconnaissance que l’on puisse avoir en tant qu’écrivain, bien plus grande que le Nobel ».
Pétri de contradictions, Lobo Antunes se décrivait lui-même comme un homme « tendre et affectueux », mais aussi « introverti et plein de doutes ». « Il ne m’est pas facile de vivre avec moi-même. C’est comme si j’étais toujours en guerre civile. »
Marié deux fois et père de trois filles, il s’était remis de trois cancers tout en continuant d’écrire en moyenne environ un roman par an, mais avait plus récemment cessé de publier.
