Publiée le
Temps de lecture : 6 min – vidéo : 11 min
Invitée politique de « La Politique s’éclaire » dimanche 22 février, Léa Balage El Mariky, porte-parole du groupe écologiste, est revenue sur la marche en hommage à Quentin Deranque ce samedi 21 février.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’entretien ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
Concernant la marche pour Quentin Deranque qui s’est plutôt bien passée, Laurent Nuñez a-t-il eu raison de respecter la liberté de manifester ?
Léa Balage El Mariky : Je crois que ça ne s’est pas bien passé quand on a des néo-nazis qui défilent, qui insultent et qui chantent des chants homophobes dans les rues de Lyon, que des manifestations culturelles et artistiques ont été annulées parce qu’il y a eu une bande de néo-nazis qui voulaient en découdre avec la République. Ça ne s’est pas bien passé.
Malgré tout, ça s’est déroulé dans le calme. Il y avait aussi des familles, des enfants et beaucoup de femmes qui ont défilé dans le calme, et il y a eu quelques signalements qui ont été faits par la préfète.
Ce n’était pas une marche blanche, c’était une manifestation politique avec des saluts nazis. Et là, la préfecture nous dit qu’elle souhaite enquêter et saisir le procureur pour qu’il puisse y avoir des condamnations éventuellement. Vous auriez souhaité que cette manifestation soit interdite ? Mais ce n’était pas une manifestation en hommage à un décès, à un mort que je déplore.
Elle aurait été interdite. Vous n’auriez pas dit au contraire qu’on n’a pas le droit de manifester dans ce pays ?
Ça fait plusieurs fois que, dans les rues de Lyon, dans les rues de Paris, on a des saluts nazis. En Italie, on vient rendre hommage à Mussolini avec des saluts nazis. Je ne sais pas à quel moment les responsables de ce gouvernement ne vont pas se sentir, à un moment donné, un peu pris d’effroi de ce qui est en train de se dérouler dans tous les pays européens. Quand on a des saluts nazis, quand on a des propos homophobes, racistes qui sont proférés dans l’espace public sans que personne ne s’en inquiète, moi, je suis extrêmement inquiète.
Par rapport à ce qui s’est passé ces derniers jours, on a le sentiment que quand c’est l’ultra-droite qui défile, c’est calme. Quand c’est l’ultra-gauche, il y a à la fin un mort.
Mais attendez, ce n’était pas une manifestation d’ultra-gauche qui s’est déroulée et qui a provoqué la mort de ce militant d’extrême droite, Quentin Deranque. Ce qu’il s’est passé, c’est effectivement un acte d’une extrême violence et les écologistes l’ont condamné directement. Moi, ce que je vois, c’est que dans notre pays, l’extrême droite est en train de se banaliser. Les idées d’extrême droite pullulent dans l’espace public.
La faute à la France Insoumise ou pas ?
Bien sûr que non. C’est la faute à l’extrême droite et à toutes celles et ceux qui lui donnent sur un plateau une respectabilité dans l’espace politique. L’extrême droite a la violence comme projet politique : la violence envers les femmes, la violence envers les personnes LGBT, la violence envers les personnes racisées, les personnes musulmanes.
Ce ne sont pas les outrances de la France Insoumise qui banalisent l’extrême droite ? Vous le voyez à l’Assemblée nationale, par exemple ?
Quand on fait de la politique, ça a toujours été bruyant et c’est un débat d’idées. Et au sein de l’hémicycle, il n’y a pas d’excès dans les bruits que nous pouvons faire ou dans le volume sonore. Moi, ce que je vois, en réalité, c’est le bloc central qui est complaisant, alors qu’il a été élu, alors que la plupart des députés du groupe de M. Attal sont là parce qu’il y a eu un barrage républicain. Je les vois être complaisants, voter main dans la main les idées d’extrême droite, les reprendre à leur compte dans le projet d’oie et de migration de M. Darmanin. C’est ça que je vois. En réalité, ce sont des personnes irresponsables qui, pour leur poste, se disent que le pays basculant vers l’extrême droite, il faut en reprendre les idées au lieu de les combattre.
On contestait aujourd’hui ce front républicain qui vole en éclats, où on entend par exemple Gabriel Attal et Yael Brune-Pivet dire « ni LFI, ni RN » au second tour, par exemple, des municipales.
La France, en France, ne porte pas un projet politique raciste avec la préférence nationale qui va stigmatiser une bonne partie de nos concitoyens. La France Insoumise porte un projet de rupture avec plus de justice sociale, une transition écologique plus accélérée et ils sont tout à fait dans le champ républicain pour le faire. Moi, je considère que le Rassemblement National est un danger pour notre pays. Mon premier engagement, j’avais 12 ans, c’était quand Jean-Marie Le Pen était au second tour de l’Élysée.
Est-ce que la France Insoumise est toujours dans le champ républicain quand elle soutient la Jeune Garde ? C’est le cas de Jean-Luc Mélenchon qui soutient ce mouvement-là en disant que c’est un mouvement allié de la France Insoumise.
J’ai entendu Manuel Bompard, dès le début de la semaine sur France Inter, dire que s’il y avait un lien avec des anciens membres de la Jeune Garde, qui est une organisation désormais dissoute, et que ces liens étaient avérés, ils devaient en tirer toutes les conséquences. J’ai entendu aussi ces propos de la part de la France Insoumise.
