Au micro d’ICI Pays de Savoie, Laurent Vinatier évoque sa captivité dans les geôles russes pendant plus d’un an et demi. Libéré le 8 janvier 2026, il partage les détails de son expérience traumatisante.
Publié le et mis à jour le , ce récit est un témoignage crucial de ce qu’il a vécu.
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(JOEL SAGET / AFP)
« J’avais très peur qu’on m’oublie » dans une prison russe, confie Laurent Vinatier. Après son arrestation, il est confronté à un choc émotionnel intense. Il décrit son expérience en prison :
« Quand on arrive en prison russe, c’est un choc. » Enfermé pendant dix mois dans une prison de quarantaine, il partage une cellule de 100 mètres carrés avec 14 détenus, majoritairement des escrocs financiers. Rapidement, la promiscuité devient insupportable, et il se trouve en proie à une oppression constante.
Par la suite, Laurent Vinatier est condamné à trois ans de prison et transféré à Toula, au sud de Moscou. Dans une cellule individuelle, il prend pleinement conscience de la réalité de sa situation : « Je me dis qu’on peut faire de moi ce que l’on veut. » Lorsqu’il est placé dans l’hôpital de la prison, il ressent un processus de déshumanisation. « On est un parmi d’autres, sans identité, » se remémore-t-il.
Plus tard, il est transféré à la prison politique de Lefortovo, accusé d’espionnage, où les conditions de détention sont particulièrement difficiles. Avec un codétenu, il lutte contre le sentiment d’incertitude que l’on lui inflige. « Le fait de ne pas avoir de perspective d’avenir me rongeait, » avoue-t-il.
Pour tenir le coup, la lecture et l’écriture deviennent ses refuges. « Chaque jour, je m’imaginais gravir une montagne, » explique-t-il, révélant comment cette imagination l’a aidé à maintenir une certaine paix intérieure.
À Lefortovo, il parvient à établir une correspondance avec sa famille, ce qui lui apporte un certain réconfort. Cependant, il sait aussi que les lettres subissent le contrôle des censeurs, ce qui complique la communication. Les attentes prolongées de nouvelles le poussent au désespoir. « C’est l’effondrement et les cauchemars qui reviennent, » se remémore-t-il.
Finalement, le 8 janvier 2026, après plus d’un an et demi d’emprisonnement, il obtient la grâce du président russe. À la sortie de sa cellule, Laurent Vinatier peine à croire à sa libération : « Au début, je pensais qu’on allait me changer de cellule. »
À son retour, il décrit une sensation étrange : « Quand je suis revenu chez mes parents, j’avais l’impression que je n’étais pas parti depuis très longtemps. » Désormais, il se sent « apaisé » et prend conscience de la valeur de la liberté. Le chercheur prévoit de profiter de sa famille et de continuer à écrire dans sa maison de Haute-Savoie, bien qu’il lutte encore avec l’idée de fréquenter des lieux publics comme des cafés ou des restaurants.
Sa période en détention a laissé des marques indélébiles. Il exclut catégoriquement de voyager hors d’Europe, témoignant d’un traumatisme qui, sans aucun doute, marquera son avenir.
