L’inquiétude et l’incertitude dominent toujours ce vendredi 6 février pour 60 personnes chargées du nettoyage des locaux du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis. En novembre dernier, leur employeur a été placé en liquidation judiciaire. Depuis, elles ne sont plus payées et ne peuvent pas toucher d’indemnités chômage. Le personnel mobilisé réclame le paiement des salaires et la possibilité de retrouver un travail.
La voix de Marie, salariée concernée
Marie*, 52 ans, fait partie de ces 60 salariés de l’entreprise Arc-en-Ciel, qui a assuré le nettoyage des locaux du Conseil départemental à Bobigny jusqu’à sa liquidation judiciaire en décembre dernier. Depuis, Marie, qui revendique 22 années de service au total, n’a pas travaillé.
« Cela fait trois mois que mes collègues et moi n’avons pas de salaire. On ne peut pas toucher non plus le chômage, depuis le mois de novembre. J’en veux beaucoup à Arc-en-Ciel de nous avoir fait ça. Les personnes concernées sont pour la plupart des femmes, parfois seules. Il faut notamment assumer les crédits, qui n’attendent pas malheureusement. J’ai des crédits, mais pour ma part, j’ai la chance d’avoir mon mari. J’hésite même à prendre la voiture parce que l’essence coûte cher, tout coûte cher », détaille cette mère d’une enfant de 23 ans habitante de Seine-Saint-Denis.
Le déménagement prévu et ses conséquences
En janvier 2025, le Conseil départemental a annoncé son déménagement dans de nouveaux locaux, anciens bâtiments de l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. La collectivité a décidé de confier leur entretien à une société d’insertion. Arc-en-Ciel devait se charger des quelques bâtiments restants à Bobigny.
Pourtant, en mai 2025, Arc-en-Ciel semble montrer des difficultés, d’après Marie : « Vers le mois de mai, on recevait des chèques pour payer nos salaires. Un jour, la banque m’a indiqué qu’il n’y avait pas d’argent. Même chose pour mes collègues. C’est comme ça qu’on a su qu’ils étaient en redressement judiciaire. » Ils avaient un mandataire qui devait essayer de les relever pendant six mois, mais le contrat a été rompu.
La situation s’est aggravée quelques mois plus tard avec la liquidation judiciaire. « On nous a donné une lettre dans le parking. Nous sommes venus. On nous a demandé de voir si nous voyions notre nom sur une liste. Ils ont annoncé la reprise par une autre société à partir du 3 novembre, mais à cette date, il n’y avait pas de société. » Marie déplore être « sans rien ».
Le soutien du syndicat et les revendications
Le département a assigné Arc-en-Ciel en justice, avec un jugement prévu le 2 décembre, reporté au 5 janvier. « Ce qu’on attend, c’est déjà d’être payé. Et par la suite, voir si nous pouvons être repris ou toucher le chômage. » Les employés demandent le paiement de leurs indemnités, notamment d’ancienneté.
Les salariés mobilisés sont soutenus par le syndicat Force Ouvrière (FO) propreté. « Depuis le 2 novembre, on manifeste pratiquement tous les jours devant les locaux, » souligne Najib Mouchtahi, représentant syndical. Il estime que le Conseil départemental doit intervenir.
« Le donneur d’ordre doit prendre ses responsabilités. Ces salariés ne sont pas coupables, ni responsables du choix du prestataire. C’est inacceptable de les traiter ainsi. »
Les perspectives d’avenir et les mesures proposées
D’après le syndicat, une proposition a été faite pour le site de Bobigny : « On nous propose une reprise de 20 personnes. » Cette justification repose sur l’ampleur de la surface de nettoyage. Pour les 40 restantes, il existe des solutions pour les internaliser dans le département.
Du côté du Conseil départemental, on affirme que « 40 personnes s’occupaient du ménage des sites » et qu’ils sont solidaires des salariés concernés. « On a tout mis en œuvre pour trouver une issue positive, » explique Sarah Deslandes, directrice générale adjointe.
Le Conseil départemental combine deux situations différentes : le redressement judiciaire d’Arc-en-Ciel et la décision de faire appel à des entreprises d’insertion pour le nettoyage des nouveaux locaux. Ils prévoient également d’engager Atalian pour organiser la reprise des salariés.
Les salariés, cependant, jugent cette solution inacceptable. Ils comptent continuer le mouvement social et se rassembler devant les nouveaux locaux du Conseil départemental pour son inauguration prévue le 12 février prochain.
*Marie, nom d’emprunt.
