Les candidats aux élections dans les Yvelines explorent des méthodes innovantes pour engager les électeurs. Damien Vignier, candidat sans étiquette à la mairie des Mureaux, propose un nouvel outil : un chatbot nommé « IA-smine », ainsi qu’un clip de campagne généré par intelligence artificielle pour Sarah Knafo à Paris. Philippe Moreau Chevrolet, professeur de communication politique, soulève des préoccupations éthiques concernant l’utilisation de l’IA dans ce contexte.
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Un outil conversationnel pour engager les électeurs
Sur son site de campagne, Damien Vignier incite les électeurs à discuter avec « IA-smine« , un chatbot incarné par une abeille humanoïde. Cet outil, « basé sur l’intelligence artificielle« , a pour promesse de répondre à « n’importe quelle question par rapport au programme« . Selon Vignier, l’objectif n’est pas de créer un gadget superficiel, mais d’introduire une forme de démocratie participative, ciblant un public plus large qui pourrait autrement ignorer la politique traditionnelle.
« Les gens jettent souvent les tracts à la poubelle, et c’est parfois difficile d’intéresser les jeunes à la politique« , explique-t-il. Pour lui, animer le dialogue via un chatbot est une manière efficace de surprendre et d’attirer l’attention.
L’outil a été développé par Butine Groupe, une société basée au Mesnil-le-Roi. Muhammed Kaplan, directeur commercial de la société, précise que « l’interface est similaire à ChatGPT, avec une barre pour poser des questions et obtenir des réponses instantanées, sans avoir besoin de faire défiler 15 pages de programme« . Ce type d’outil pourrait changer la dynamique de communication entre les candidats et leurs électeurs.
Une approche fondée sur l’éthique
Face aux critiques fréquentes sur l’intelligence artificielle, Kaplan insiste sur le fait que leur outil est « souverain« , n’utilisant pas des serveurs américains mais reposant sur la technologie de l’entreprise française Mistral. De plus, il souligne que « ça ne consomme pas des litres d’eau à chaque requête, c’est très économe » et peut fonctionner sur des ordinateurs peu puissants. Contrairement à d’autres solutions, il est « contenu uniquement autour du programme électoral », donc moins dépendant des données collectées sur Internet.
Ça permet de faire remonter certaines idées pour faire évoluer le programme
Damien Vignier (sans étiquette), candidat à la mairie des Mureaux
Les défis de la communication politique moderne
Vignier soutient que « l’IA ne remplace pas le terrain« , ajoutant que c’est un outil complémentaire pour communiquer. Cela ouvre également la porte à une communication multilingue, créant une barrière de moins entre le candidat et les électeurs. En discutant de thématiques telles que la santé et la sécurité, les tendances récurrentes peuvent aussi être identifiées, ce qui pourrait aider le candidat à adapter son programme.
En revanche, certaines voix dans le domaine, comme celle de Philippe Moreau Chevrolet, interrogent la nouveauté de ces technologies. Tout en reconnaissant l’innovation, il note que « ce type d’agents conversationnels, scriptés avec ou sans IA, existe déjà depuis longtemps« , qualifiant cela d’ »aspects classiques » de la communication politique.
La campagne controversée de Sarah Knafo
Philippe Moreau Chevrolet attire également l’attention sur une campagne de Sarah Knafo (Reconquête), où une vidéo montre des scènes d’agression générées par IA. Selon Moreau Chevrolet, ces représentations soulèvent des préoccupations éthiques, signalant qu’il y a une « prise de distance avec la réalité« . Alors que Knafo propose des capteurs d’IA dans des réverbères pour détecter les bruits d’une agression, Moreau souligne que cela pourrait flouer les frontières entre la fiction et la réalité dans le discours politique.
La percée de ces méthodes soulève des questions sur l’évolution des campagnes électorales. Il souligne que l’utilisation de l’IA pour améliorer des photos ou pour alimenter des faux comptes sur les réseaux sociaux a mené à une « démarche de désinformation planifiée« , rendant ainsi les campagnes de plus en plus déshumanisées.
Conclusion
En fin de compte, l’incursion de l’intelligence artificielle dans les campagnes électorales présente des opportunités mais également des défis éthiques importants. Alors que les candidats cherchent à innover et à attirer l’attention des électeurs, il est essentiel de maintenir une ligne de démarcation claire entre engagement authentique et manipulation des perceptions.
