Un millier de personnes étaient rassemblées dimanche 18 janvier dans le 20e arrondissement de Paris, selon les chiffres de la préfecture de police, en hommage à El Hacen Diarra. Cet homme mauritanien de 35 ans est mort dans la nuit du mercredi 14 au jeudi 15 janvier alors qu’il était placé en garde à vue. Il avait été interpellé en possession de cannabis, selon le parquet de Paris.
Des images, présentées comme étant celles de sa violente interpellation, ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant des réactions indignées de plusieurs responsables politiques. Une enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, est en cours. Le parquet de Paris annonce par ailleurs à franceinfo, lundi 19 janvier, l’ouverture d’une enquête pour « violences ayant entraîné la mort ». « C’est le cas systématiquement lorsqu’une personne décède dans un lieu de privation de liberté », souligne le ministère public. Voici ce que l’on sait de cette affaire.
La victime a fait un arrêt cardiaque au commissariat du 20e
El Hacen Diarra a été interpellé mercredi soir par des policiers des brigades territoriales de contact (BTC), « qui l’ont vu rouler un joint de cannabis », a fait savoir le parquet de Paris jeudi, précisant que le trentenaire était tombé au sol au moment de son interpellation.
« Indiquant avoir été confrontés au refus de se soumettre aux palpations, les policiers ont procédé à l’interpellation du suspect, qui a chuté au sol, entraînant deux policiers dans sa chute à deux reprises. Un policier a indiqué avoir fait usage du Taser, le touchant notamment à la cheville », détaille le parquet.
Emmené dans les locaux du commissariat du 20e arrondissement, El Hacen Diarra chute de nouveau, toujours selon le parquet. Voyant l’homme blessé à l’arcade sourcilière, un officier de police demande son transfert à l’hôpital. Mais il est trop tard. « Alors qu’il était en attente sur un banc du commissariat, [il] a été vu faire un malaise, son arrêt cardiorespiratoire a été constaté, et un policier a débuté un massage cardiaque, poursuivi par les pompiers à leur arrivée à 23h45. Le décès de la personne a été constaté à 00h20 », relate le parquet.
Le corps de la victime est transporté à l’institut médico-légal pour une autopsie, ajoute la même source, précisant qu’El Hacen Diarra était en possession de faux documents administratifs et de matière brunâtre s’apparentant à du cannabis lors de son interpellation, mais qu’il était négatif au test d’alcoolémie. Les premières conclusions de l’autopsie « ne permettent pas à ce stade de tirer une quelconque affirmation concernant la causalité du décès », souligne le parquet de Paris lundi soir à franceinfo, précisant attendre que lui soit transmis le rapport du légiste « dans son intégralité ». « La lecture exhaustive du rapport permettra peut-être de mieux comprendre » les circonstances exactes du décès, relève le ministère public, rappelant que malgré sa demande urgente, l’élaboration du rapport prend plusieurs jours.
Une vidéo filmée par un voisin fait état d’une interpellation violente
Diffusée sur les réseaux sociaux le 17 janvier par plusieurs responsables politiques de gauche, une vidéo montre une violente interpellation présentée comme étant celle d’El Hacen Diarra. La cellule d’authentification des images de France Télévisions, Les Révélateurs, atteste que les images ont bien été tournées au 27 rue Fernand-Léger, dans le 20e arrondissement, à proximité du foyer Les Muriers, où vivait le trentenaire. La vidéo a été versée au dossier samedi, précise le parquet à franceinfo, notant qu’à ce stade, les policiers n’ont pas remis en cause la véracité de ces images : « Il n’y a pas de contestation en l’état. »
El Hacen Diarra y apparaît gémissant, frappé à plusieurs reprises par un policier allongé sur lui pendant plus d’une minute. L’avocat de la famille, Yassine Bouzrou, a dénoncé, dimanche sur franceinfo, « des éléments accablants » visibles sur la vidéo : « Des policiers qui frappent un homme au sol, qui mettent leur poids sur cet homme et on entend cet homme au sol en train de supplier. » Il affirme à franceinfo avoir demandé une analyse du son de la vidéo, dans laquelle on entend la victime dire à plusieurs reprises : « Vous m’étranglez. »
Voici les images de l’interpellation de El Hacen Diarra, 35 ans, mort alors qu’il se trouvait en GAV au commissariat du 20ème arrondissement de Paris.
RDV demain à 14h devant le foyer des Muriers (16 rue Fernand Léger) pour exiger justice et vérité.
Stop aux violences… pic.twitter.com/1sk18SmPTT
La vidéo s’arrête au moment où d’autres policiers viennent prêter main-forte à leurs collègues. Des témoins assurent à l’AFP avoir vu une « mare de sang sur les lieux de l’interpellation, attestant de violences extrêmes subies » par le défunt.
Des enquêtes ont été ouvertes et la famille a porté plainte
Une enquête « en recherche des causes de la mort » a été confiée dès jeudi à l’IGPN. De son côté, la famille de la victime a déposé plainte. Lundi, le parquet de Paris a annoncé à franceinfo l’ouverture d’une enquête pour « violences ayant entraîné la mort ». Mais pour Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille du défunt, l’ouverture de cette enquête arrive trop tard. « La saisine tardive d’un juge d’instruction, cinq jours après le décès de monsieur El Hacen Diarra, ne saurait masquer l’inaction coupable du parquet, a-t-il déclaré à franceinfo, lundi soir. Cinq jours pendant lesquels la vérité a été étouffée, les preuves laissées à l’abandon, et la famille tenue à l’écart. Le comportement de la procureure de Paris dans ce dossier est inadmissible. »
Par ailleurs, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) a demandé lundi la suspension « à titre conservatoire » des policiers impliqués dans l’interpellation. Dans un communiqué, l’association exprime « sa colère et son indignation », affirmant que « ce drame fait suite à un contrôle au faciès », et espère « que les caméras-piétons des policiers seront rapidement exploitées par l’IGPN. »
Plusieurs personnalités politiques de gauche dénoncent des violences policières
Dès samedi, plusieurs personnalités politiques de gauche ont relayé la vidéo sur leurs réseaux sociaux, dont le député LFI Thomas Portes et l’eurodéputée du même parti Rima Hassan. « La liste des violences policières s’allonge. Révoltant », a écrit Nathalie Arthaud, porte-parole de Lutte ouvrière et candidate à la présidentielle 2027, sur X.
Plusieurs élus de la gauche parisienne étaient présents au rassemblement dimanche, dont l’écologiste David Belliard, le communiste Ian Brossat et la candidate LFI à la mairie de Paris, Sophia Chikirou. « Il va falloir se battre pour obtenir la vérité », a-t-elle anticipé sur X, critiquant les contrôles au faciès et dénonçant le fait que « de très nombreuses personnes soient tuées ou massacrées au prétexte de l’interpellation. »
Le candidat socialiste à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, a fait état de
FONTE
