Diffusé sur France 5, le documentaire « J.D. Vance : La Revanche d’une Amérique » retrace le parcours idéologique et politique du vice-président des États-Unis. Occuper cette fonction, c’est souvent évoluer dans l’ombre du locataire de la Maison Blanche. Pourtant, James David Vance a réussi à prendre une place de choix au sein de l’administration de Donald Trump. Il s’avère très présent et surtout très agressif, comme lors de son discours au sommet de Munich en février 2025 ou lors d’un échange tendu avec le président ukrainien Volodymyr Zelenski à la Maison Blanche.
Un documentaire intitulé J.D. Vance : La Revanche d’une Amérique, écrit par les journalistes Thomas Snégaroff et David Thomson, et réalisé par Christophe Astruc et David Thomson, retrace l’ascension fulgurante de ce quadragénaire ambitieux. De son enfance chaotique à son arrivée à la Maison Blanche, le film dresse le portrait d’un homme déterminé qui est devenu l’incarnation de l’Amérique Maga (« Make America Great Again », le slogan de Donald Trump).
Étayé par de nombreux témoignages, le film explique comment J.D. Vance a évolué idéologiquement. Il livre aussi les secrets de ses ambitions et de ses projets pour transformer l’Amérique et l’Europe. Le journaliste Thomas Snégaroff revient pour Franceinfo sur son documentaire.
Pourquoi vous intéresser à J.D. Vance ?
Thomas Snégaroff: Parce qu’il est très intéressant à analyser et à étudier dans le détail. Outre son omniprésence dans l’administration, il a surtout une colonne vertébrale idéologique qui est en train de devenir celle de l’Amérique. Il n’est pas seulement un vice-président qui prend beaucoup la parole et qui occupe des terrains qui ne sont pas les siens habituellement, il arrive surtout avec un outillage dogmatique fort et des gens puissants pour le soutenir.
J.D. Vance a beaucoup critiqué Donald Trump. Son ralliement est-il sincère ?
La question de sa sincérité est posée en permanence, car toute sa vie, il a navigué dans des univers très différents les uns des autres, comme on le montre d’ailleurs dans le film. Il a passé son enfance dans une famille ultra-dysfonctionnelle et ultra-violente, dans une petite ville de l’Ohio désindustrialisée, puis il a fait l’armée, et ensuite, il a découvert l’université, où il a plongé dans un bain culturel qui n’était pas le sien. À chaque fois, il a dû s’adapter, il est très darwiniste en fait.
« C’est un caméléon qui s’intègre en permanence à un autre monde. Il s’assimile si bien, qu’il y triomphe d’une certaine manière. »
Thomas Snégaroff, journaliste
Et c’est là où il est très fort, peut-être très dangereux, mais en tout cas très impressionnant, car sa capacité d’adaptation est hors norme. Il est aujourd’hui sincèrement favorable à Trump, comme il a été, à un moment, sincèrement hostile à Trump. Bien sûr, il y a probablement un peu de calcul politique, mais il a cette capacité à se persuader qu’il était dans l’erreur et qu’il a maintenant raison.
La question de sa sincérité se pose également dans la frange la plus radicale des Maga, qui s’inquiète toujours de savoir s’il est vraiment loyal. Après avoir enquêté, je pense qu’il l’est vraiment. Peut-être qu’il se leurre, mais en tout cas il se persuade lui-même que ses engagements sont véritables et qu’ils ne doivent pas être entachés de suspicion.
Pour autant, les républicains les plus radicaux lui reprochent aussi les origines de sa femme…
Sa famille, avec sa femme d’origine indienne, c’est presque la seule trace de son passé, lorsqu’il était encore ouvert, plutôt progressiste et qu’il avait une amie transgenre. Je me demande comment il regarde ses enfants et sa femme aujourd’hui, même s’il les aime évidemment, mais cela doit être assez perturbant pour lui, et même sur un plan philosophique. C’est comme s’ils étaient les vestiges d’un monde disparu pour lui. D’ailleurs, beaucoup de membres du mouvement Maga, autour de lui, fantasment à l’idée qu’il quitte sa femme et qu’il se mette avec la veuve de Charlie Kirk [l’influenceur d’extrême droite assassiné le 10 septembre 2025]. Pour ces radicaux, tout serait alors aligné.
J.D. Vance s’est converti en 2019 au catholicisme par conviction ?
Je pense oui, et d’ailleurs la religion est devenue centrale pour lui. Il a pour mantra : « Travail, Famille, Dieu. » Alors que le pays a été des années durant tenu politiquement, économiquement et idéologiquement par les évangéliques et plus largement par les protestants blancs anglo-saxons, on se demande comment les catholiques, qui longtemps n’étaient que les migrants mexicains, sont progressivement devenus majoritaires et sont rentrés à la Maison Blanche. C’est pourtant le cas surtout depuis le second mandat de Donald Trump, c’est une véritable rupture dont J.D. Vance est devenu le symbole.
D’ailleurs, la religion s’invite avec force au cœur même du pouvoir aujourd’hui. J.D. Vance n’a, par exemple, pas cessé d’évoquer Dieu après la mort de son ami Charlie Kirk en septembre dernier, dont il était très proche. Les États-Unis ne sont pas une théocratie mais nous n’en sommes pas loin, car il y a vraiment une forme de radicalisation religieuse.
J.D. Vance est-il vraiment devenu l’héritier de Donald Trump ?
C’est un mouvement classique, le vice-président qui veut être président et qui est naturellement désigné comme le successeur. En revanche, ce qui est inhabituel, c’est que le président actuel est à ce point égocentrique qu’il ne supporte pas que quelqu’un d’autre évoque une ambition présidentielle, même si lui-même ne peut pas se représenter.
« Lorsque l’on écrivait le film, on a pu constater que tout était prêt pour Vance 2028, mais il fallait le faire dans le secret, surtout sans que Donald Trump le sache afin de ne pas susciter sa colère. »
Thomas Snégaroff, journaliste
Cela fait toute la différence avec ses prédécesseurs, comme Bill Clinton, qui avait aidé Al Gore dans sa campagne. Nous n’en sommes pas là, même si depuis peu Trump admet du bout des lèvres que Vance pourrait être son héritier le plus évident, mais il laisse entendre tout de même qu’il lui reste du chemin à faire.
Pour autant, J.D. Vance a déjà des soutiens de poids…
Il est soutenu par de nombreux milliardaires parmi lesquels Peter Thiel [entrepreneur et gérant de fonds spéculatifs], mais aussi [l’éditorialiste] Rod Dreher, figure intellectuelle de la droite religieuse américaine, Patrick Deneen [professeur de philosophie politique à l’université catholique de Notre-Dame en Indiana]… Il est appuyé par des réseaux très puissants et aussi par Donald Trump Junior.
Je pense que Donald Trump n’a pas eu d’autre choix que de lui faire une vraie place. D’ailleurs, la veuve de Charlie Kirk, Erika Kirk, qui est une influenceuse chrétienne puissante, a tout récemment apporté officiellement son soutien à Vance pour 2028. Et surtout l’avantage de J.D. Vance est qu’il vient vraiment d’un milieu populaire. Il a une forme de brevet de pureté dans cette lutte contre les élites, contrairement à Trump qui en est issu.
Comme l’indique le titre de votre documentaire, on a vraiment le sentiment que tout est histoire de vengeance pour lui…
A la fois, ce sentiment de vengeance est habité par une très forte idéologie avec des discours suprémacistes, religieux
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