Dans le petit village paisible de Camblanes-et-Meynac, en Gironde, la découverte d’une parabole dans le jardin d’une location a donné l’alerte. Quatre hommes, dont deux ressortissants chinois, ont été mis en examen ce jeudi pour espionnage présumé au profit de Pékin. Dans le village, la sidération persiste.
Tout a commencé par l’apparition d’une étonnante parabole de deux mètres de diamètre dans le jardin d’un Airbnb, loué par des ressortissants chinois. Au même moment, de fréquentes coupures Internet commencent à survenir. De quoi intriguer les riverains de Camblanes-et-Meynac, un village de 3 000 habitants à une quinzaine de kilomètres au sud de Bordeaux.
Grâce à leurs alertes, ils vont révéler une affaire d’une tout autre ampleur : les autorités françaises soupçonnent les locataires de l’Airbnb d’espionner pour le compte de la Chine. Une information judiciaire a été ouverte ce mercredi 4 février par la section de lutte contre la cybercriminalité du Parquet de Paris.
Vendredi 30 janvier, la police est avisée de soupçons visant « deux personnes de nationalité chinoise » suspectées de mener « des opérations de captation satellitaire », indique le parquet de Paris dans un communiqué de presse. Elles sont arrêtées le lendemain au Airbnb, situé chemin de Garistoy à Camblanes-et-Meynac, aux alentours de six heures du matin. « Les forces de l’ordre ont défilé tout le week-end », témoigne une riveraine qui souhaite garder l’anonymat, tandis qu’une autre s’exclame : « Dans un petit village comme ça, ça paraît fou ! ».
Dans cette petite ville girondine, la quiétude est habituellement de mise. « Je pense que c’est ça qu’ils cherchaient », suggère le maire de la commune, Jean-Philippe Guillemot. « Une maison bien située et tranquille, où ils pouvaient déployer leur parabole ». Thomas Tertois, un voisin direct, décrit « une rue sans issue, avec très peu de passage ». Cependant, il a repéré « des voitures immatriculées 92 » garées devant chez lui, quelque chose d’apparemment « très inhabituel ».
Il cherchait les locataires du Airbnb, visiblement ses copains.
Toutefois, il n’est pas au bout de ses surprises. Dans le week-end, alors que les forces de l’ordre ont déjà interpellé les locataires de l’Airbnb, « une personne typée asiatique » toque à sa porte. « Il cherchait les locataires du Airbnb, visiblement ses copains », suppose Thomas Tertois, qui a été entendu par la police pour donner le descriptif de la personne.
À l’issue de la perquisition du logement en location, les enquêteurs découvrent « un système d’ordinateurs reliés à des antennes paraboliques permettant la captation de données satellitaires », précise le parquet. L’agence nationale des fréquences – qui gère l’ensemble des fréquences radioélectriques en France – a constaté « l’utilisation illégale de fréquences, l’utilisation non conforme d’équipements radio, le brouillage de fréquences, la détention illégale de dispositifs techniques de captation de données informatiques ». Le dispositif installé aurait notamment permis d’intercepter des échanges entre entités militaires d’importance vitale, relate le ministère public.
Suspects d’espionnage au profit de Pékin, les deux Chinois ont été mis en examen ce jeudi 5 février et placés en détention provisoire. « Mon client a séjourné en France pour des raisons strictement professionnelles. Il conteste totalement les accusations formulées à son encontre et n’a aucun lien avec un quelconque service d’espionnage », a commenté auprès de l’AFP Maître Baptiste Bellet, avocat de l’un des ressortissants.
Arrivés en France au début du mois de janvier selon Le Parisien, ils déclarent, pour obtenir leur visa, travailler comme ingénieurs pour une entreprise spécialisée dans la recherche et le développement d’équipements et de systèmes de communication sans fil.
Deux autres personnes, dont la nationalité est méconnue, ont été placées sous contrôle judiciaire aujourd’hui, indique l’AFP. Interpellées le jour de la perquisition, en se rendant dans la maison, elles sont suspectées d’avoir importé du matériel illégal, explique le parquet de Paris. Dans leur commerce, une antenne Starlink usagée et un boîtier permettant d’afficher la réception satellitaire ont notamment été découverts. « Il ressortait de leur témoignage que les deux occupants du logement cherchaient à comprendre la technologie Starlink », un service d’internet par satellite opéré par SpaceX.
Les quatre suspects, âgés de 27 à 45 ans, ont été déférés notamment pour « livraison d’informations à une puissance étrangère » de nature « à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation », poursuit le ministère public. Ces infractions présumées sont passibles d’une peine pouvant aller jusqu’à quinze ans de réclusion.
L’enquête dirigée par la section de lutte contre la cybercriminalité du parquet de Paris a été confiée à la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI). Mi-décembre, un enseignant-chercheur à l’institut d’ingénierie et de mécanique de Bordeaux avait été mis en examen, soupçonné d’ingérence au profit de la Chine, en ayant fait pénétrer une délégation chinoise dans des zones sensibles interdites.
