Sa honte d’avoir été violée à Mazan, les femmes qui l’ont soutenue, les hommes à la barre et ailleurs, son ex-mari désormais en prison, et même ses tenues au procès : Gisèle Pelicot se met à nu dans son livre « Et la joie de vivre », paru le mardi 17 février.
« Il faut parler, il faut dénoncer parce que quand on est victime, on n’a rien à se reprocher, on n’est coupable de rien« . Devenue une icône de la lutte contre les violences faites aux femmes, Gisèle Pelicot se livre à cœur ouvert dans un livre coécrit avec la romancière Judith Perrignon, dont le titre évoque une quête de renaissance.
/regions/2026/02/16/ca1eaa4-upload-1-uhablglevjse-61rrf5bm9pl-sl1240-69934f9f6c76c004960156.jpg)
Victime de 52 violeurs identifiés, parmi lesquels son ex-mari qui organisait sa soumission chimique dans leur maison familiale de Mazan (Vaucluse), elle raconte comment elle a surmonté sa honte.
Surmonter la honte, réinventer sa vie
Gisèle Pelicot témoigne : « C’est la double peine et c’est vraiment une souffrance qu’on s’inflige à soi-même. On se sent coupable de ce qu’on a subi parce qu’on s’est dit qu’est-ce qu’on a fait ? Pourquoi on nous a fait subir tout ça ? » Elle appelle toutes les victimes de violences sexuelles à « déculpabiliser. » Confrontée à cette « déflagration« , elle partage qu’elle a « cheminé » et qu’elle a eu la chance d’être accompagnée par des psychiatres, des psychologues et des amis. « On est dans une extrême solitude« , ajoute-t-elle, tout en soulignant qu’il a fallu aussi qu’elle réinvente sa vie.
Il a fallu que je réinvente ma vie
L’élégance au procès pour soigner un corps supplicié
Gisèle Pelicot raconte qu’elle a fait attention à la manière dont elle était habillée pendant les trois mois du procès à Avignon : « J’ai soigné l’élégance. » Pour elle, c’était une façon de redresser son corps supplicié, tout ce que le viol cherche à détruire.
Soigner l’élégance, c’était une manière de redresser ce corps supplicié
Libérer la parole des femmes
Gisèle Pelicot n’aime pas qu’on la qualifie « d’icône » féministe. Elle se voit comme « une femme toute simple, qui s’est opposée au huis clos« . Elle reconnaît cependant que grâce à ce choix, le procès a libéré la parole des femmes. « Il fallait le faire, justifie-t-elle. Il était temps qu’on sorte de cette société patriarcale et machiste. Il faut reprendre un peu le pouvoir, nous les femmes« , déclare-t-elle. L’historienne Michelle Perrot a qualifié la victime de Mazan d’éveilleuse, une expérience que Gisèle Pelicot trouve déterminante.
Nous, les femmes, devons reprendre un peu le pouvoir
Elle ira voir son ex-mari en prison
Avec la participation de son ex-mari, « 53 hommes sont venus dans (sa) chambre à coucher pour la violer« . La soumission chimique qu’il a orchestrée lui a ruiné la santé. Malgré « toutes les horreurs qu’il (nous) a fait subir« , Gisèle Pelicot affirme qu’elle ira voir Dominique Pelicot en prison. Elle désire lui dire, droit dans les yeux : « Pourquoi, pourquoi tu nous as fait ça ? » Elle espère avoir des réponses : « Il aura 74 ans cette année et j’espère qu’il aura fait son examen de conscience pour me dire la vérité.«
Droit dans les yeux, [je lui demanderai] : pourquoi tu as fait ça ?
À 73 ans, tout est possible
Pour Gisèle Pelicot, les hommes sont au pluriel. Elle dénonce la « lâcheté incroyable » des 51 accusés du procès d’Avignon. Elle fait face à des hommes « dans le déni« , qui se considèrent comme des victimes, déclarant : « Ça aussi, il faut que ça s’arrête« .
Il y a aussi ces hommes touchés par le procès, comme un fils d’ami qui a avoué sa honte d’être un homme. Gisèle Pelicot souhaite les rassurer : « Je leur dis: bien sûr que non vous n’êtes pas des violeurs !« , les incitant à ne pas faire d’amalgame avec ceux qui ne représentent pas les valeurs qu’elle défend.
Et puis, il y a son nouvel amour, avec qui elle a retrouvé « la joie de vivre ». « On est amoureux comme si on était des adolescents« , confie-t-elle avec malice, affirmant que rien n’est perdu, même quand on a 73 ans, tout est possible !
