En 2025, 28 % des maires déclarent avoir subi au moins une attaque sur les réseaux sociaux, selon une étude relayée par ICI jeudi 5 mars. Deux élus du Nord témoignent sur cette montée de la violence en ligne.
Des élections municipales marquées par la violence
À quelques jours du premier tour des élections municipales, les réseaux sociaux sont devenus incontournables en tant que source d’informations et relais de débats entre oppositions. Cependant, Elizabeth Boulet, maire sortante de Méteren et seule candidate à sa réélection, a décidé cette année de ne pas les utiliser. « À l’ancienne », se contentant de tracts, précise-t-elle. Elle témoigne des attaques dont elle a été victime lors de son premier mandat : comme vice-présidente de la communauté d’agglomération Cœur de Flandres, elle avait contribué à mettre en place une redevance incitative pour les déchets ménagers, une mesure qui lui a valu des critiques virulentes, des commentaires dénigrants, photomontages et accusations de corruption. Elle estime aujourd’hui que le débat public est « biaisé ».
« Je serai moins gentille lors du second mandat », assure-t-elle, tout en précisant qu’elle n’a pas porté plainte. Selon elle, même si elle avait eu des concurrents, elle ne pense pas qu’elle aurait mené campagne sur les réseaux sociaux, car ils font « plus de mal que de bien ». Les mêmes individus s’expriment « de manière anonyme » et finissent par semer le doute : « on a l’impression que tout est mal et on en vient à douter de la légitimité de notre action. Ça nous freine dans notre action municipale, ça a un impact » y compris personnel. « J’ai connu une véritable descente en termes de santé mentale. On ne peut impunément insulter les gens avec un faux profil, c’est trop facile. »
Les conflits en pleine campagne électorale
Nicolas Siegler, président de la Communauté d’Agglomération de Cambrai, candidat et tête de liste (DVD) Union pour Cambrai, explique pudiquement que « cela affecte. » En effet, depuis l’annonce de sa candidature il y a 7 mois, il a été victime de deux usurpations d’identité, d’une menace de mort (avec condamnation à 2 ans de prison avec sursis pour l’auteur) et a porté plainte deux fois pour diffamation et dénonciation calomnieuse. Des personnes ont relayé sur les réseaux qu’il se serait rendu coupable de favoritisme dans l’attribution de marchés publics ou que de la cocaïne avait été saisie dans son coffre de voiture.
Le candidat affirme « porter plainte systématiquement » et s’étonne du « niveau de violence du premier de cordée d’une municipalité, et de l’absence de hauteur de vue » sur les réseaux sociaux. Selon lui, ces attaques révèlent une « société de plus en plus violente à la marge », ce qui peut être très « perturbant » pour les élus. Il a choisi de démarrer sa campagne avec ses 80 colistiers et bénévoles plutôt sur le terrain que sur les réseaux sociaux, car les commentaires proviennent souvent de personnes qui ne sont pas des électeurs, voire de personnes extérieures à la commune.
Une tendance alarmante observée par les chercheurs
Martial Foucault, professeur à Sciences Po Paris et coauteur de l’étude avec l’Association des Maires de France, indique qu’environ un tiers des élus de la dernière mandature a déclaré avoir subi au moins une attaque via les réseaux sociaux. En 2020, ce chiffre était de 24 %, passant à 33 % fin 2025. Ce phénomène s’amplifie, notamment avec la confusion entre les comptes personnels (celui du maire) et professionnels (celui de la mairie). « Dans les grandes municipalités, il existe souvent un compte Facebook – voire un Instagram et un TikTok – de la commune avec un community manager qui modère les propos des commentateurs d’une publication. Mais ce n’est pas toujours le cas dans les petites communes. » Cela permet de protéger la personne du maire lorsque son compte est dissocié de celui de la mairie.
Dans une note aux élus, il est rappelé que « l’espace numérique de la commune doit rester sanctuarisé pour l’action municipale ». Par ailleurs, le cadre législatif a évolué avec l’incitation, depuis les émeutes de juin 2023, à signaler les attaques ou menaces contre les élus, bien qu’il n’y ait pas « décroissance des réseaux sociaux », alors que les « faux fabriqués avec l’IA se propagent ».
Vers une prise de conscience nécessaire
Pour lutter contre ces attaques ou menaces via les réseaux sociaux, Martial Foucault rappelle que l’arsenal répressif existe, et pour qu’il fonctionne, il faut signaler ou porter plainte. Selon lui, la formation des maires, tout comme celle des adolescents victimes de cyberharcèlement, est nécessaire. Savoir quand réagir, comment et quel langage employer pour éviter de faire du « mauvais buzz » est crucial. Enfin, Martial Foucault insiste sur le fait qu’un maire peut accepter la critique et la contestation dans sa vie d’élu, mais la calomnie publique derrière l’anonymat des réseaux sociaux n’est pas du tout du même ordre et peut entraîner des sanctions pénales.
