Cinq accusés seront jugés à partir de ce lundi 2 février devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis pour le meurtre de deux jeunes à Saint-Ouen. Les faits remontent au 14 septembre 2020 : vers 23 h 30, Tidiane, 17 ans, et Sofiane, 25 ans, sont abattus dans une cave de la cité Soubise alors qu’ils font le bilan financier du trafic de la journée. Un troisième jeune homme est blessé à la jambe, et il est partie civile à ce procès qui doit durer trois semaines.
À l’époque, cet événement tragique lié au trafic de drogues a créé la stupeur et environ 350 personnes ont marché en mémoire de Tidiane et Sofiane pour dénoncer le mal qui « gangrène » cette ville aux portes de la capitale.
Une tentative de meurtre subséquente
Quatre des accusés seront également jugés pour leur présumée participation à une tentative de meurtre à l’arme automatique ou semi-automatique sur six personnes. Cet incident a eu lieu le 3 octobre, quelques semaines après le double homicide de la cité Soubise. Selon les investigations, les exécutants auraient pensé, à tort, que le véhicule visé appartenait au gérant d’un point de deal sur lequel El Mehdi Zouhairi, l’un des accusés actuellement en fuite au Maroc, voulait mettre la main.
Le rôle d’El Mehdi Zouhairi
Surnommé le « Gros » ou « Malsain », El Mehdi Zouhairi est suspecté d’être le commanditaire de ces deux opérations. Il a été condamné à deux reprises, en son absence, à dix ans de prison dans deux autres dossiers. Il est également soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat en 2019 d’un autre parrain du narcotrafic à Saint-Ouen, son rival Mohamed Gacem dit « Cyborg ». Ce dossier n’a pas encore été jugé.
Les rivalités locales
Le procès qui s’ouvre lundi s’inscrit également dans la rivalité entre les deux fratries locales qui se sont partagées Saint-Ouen pendant plus de vingt ans : celle de la cité des Boutes-en-Train, contrôlée par El Mehdi Zouhairi, et celle des Gacem. La destruction programmée des tours de la cité des Boutes-en-Train en 2020 a pu contribuer à accroître les tensions déjà existantes, poussant El Mehdi Zouhairi à conquérir de nouveaux territoires.
Un jeune engagé dans la communauté
Selon le dossier d’accusation, il semblerait que Sofiane, décrit par plusieurs figures associatives comme investi dans la vie locale et ayant créé une association pour que les jeunes s’intéressent à la politique et ne tombent pas dans le trafic, se soit retrouvé à gérer le point de deal de la cité Soubise pour le compte de son frère.
Un changement de camp fatidique
Ce dernier, allié au clan de la cité des Boutes-en-Train, aurait décidé quelques semaines plus tôt de changer de camp et de se tourner vers les Gacem, attirant ainsi la colère d’El Mehdi Zouhairi. Le chef du réseau des « Boutes » aurait demandé à deux frères jumeaux, Jérémy et Samuel Y., surnommés « Babar » et « Toxic », de monter cette expédition meurtrière pour récupérer le territoire.
Les tireurs présumés
Ce sont eux qui auraient ensuite fait le lien avec les deux tireurs présumés : Yves-André N., qui reconnaît avoir tiré mais seulement blessé le troisième jeune homme, et Saad-Eddine E.A. Yves-André N. est le seul des cinq accusés à ne pas être jugé pour sa participation à la tentative de meurtre du 3 octobre 2020.
La situation dans le département
Selon le procureur de la République de Bobigny, Éric Mathais, la Seine-Saint-Denis est le département de France hexagonale où le nombre d’habitants mis en cause pour trafic de stupéfiants est « le plus élevé » (2,5 pour 1.000 en 2024). En octobre, 21 personnes ont été jugées pour leur implication dans un vaste trafic de stupéfiants à Saint-Ouen, et les principaux condamnés ont écopé de peines allant de cinq à sept ans d’emprisonnement.
Cependant, la tendance est à la baisse concernant le nombre d’homicides et tentatives liés au trafic dans le département : 82 en 2025 contre 88 en 2024.
