Des humains remplacés par de l’intelligence artificielle. Dans les médias anglo-saxons, ce phénomène est appelé « job apocalypse ». À chaque fois, en toile de fond, c’est l’avènement de l’intelligence artificielle qui plane avec les mutations qu’elle entraîne.
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(BENJAMIN ILLY / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)
Un avenir incertain pour certains métiers
Tous les métiers ne sont pas menacés par l’intelligence artificielle, mais les craintes ont été renforcées par les annonces récentes de Capgemini, le géant français de l’informatique, qui envisage de supprimer 2.400 emplois. En septembre 2025, Microsoft confirmait la suppression de 10 % de ses effectifs en France.
Les géants de la tech et de l’informatique ne sont pas les seuls concernés par les bouleversements de l’IA ; d’autres métiers se retrouvent aujourd’hui fragilisés. Une IA capable d’évaluer les métiers les plus menacés cite : « Les opérateurs de saisie, les téléconseillers, les agents de centre d’appels, les traducteurs. »
Justement, Caroline, 41 ans, est traductrice indépendante : « Mon dernier client m’a envoyé un mail, la semaine dernière, pour qu’on trouve des solutions pour, dit-il, ‘optimiser les nouvelles technologies ensemble’. »
« Ce qu’on ressent, c’est qu’on tire les tarifs vers le bas. »
Caroline, traductrice
Entre 2024 et 2025, son chiffre d’affaires a baissé de 12 %. « Ça a vraiment transformé mon métier », explique Caroline. « À l’été dernier, l’agence de traduction, qui est mon principal client, m’a informée que sur le gros compte sur lequel je travaille depuis trois ans et demi, on allait passer en full poste édition, c’est-à-dire de la correction de traduction générée par l’IA, mais je suis payée moins ! »
Pour mettre cette IA concurrente à l’épreuve, Caroline lui pose la question : « Penses-tu traduire efficacement dans le domaine marketing cosmétique ? » La réponse est sincère, reconnaissant son caractère faillible : « Oui, absolument, mais comme tout outil, il peut y avoir des erreurs ou des nuances à ajuster. »
Agnès Bousteau est aussi traductrice, présidente de la Société française des traducteurs (SFT). « Je vois une baisse de 20 % sur mon chiffre », confirme-t-elle, il y a moins de contrats depuis à peu près deux ans, on le sent, et des gens qui changent de métier aussi. » Pour elle, toute la profession est menacée : « Dans les organismes internationaux aussi, puisqu’aujourd’hui, certains organismes et ministères étudient des solutions d’IA pour remplacer nos collègues. »
« Le ministère de la Justice, notamment, est aujourd’hui en train d’étudier des solutions pour voir s’ils peuvent remplacer traducteurs et interprètes. »
Agnès Bousteau, présidente de la Société française des traducteurs
Sur ce point, le ministère de la Justice a confirmé participer à « une campagne de test d’un assistant IA » pour ses agents, pour un déploiement courant 2026. En parallèle sont développées des solutions d’intelligence artificielle au service des magistrats au civil et au pénal.
Selon le ministère, « l’utilisation d’IA peut permettre d’effectuer des tâches (…) très encadrées », comme « les traductions écrites de documents non sensibles », mais ces outils « ne sauraient se substituer à l’intervention humaine dans le cadre d’une procédure pénale ou civile ». Le ministère précise : « Aucun déploiement opérationnel n’a été acté à ce stade » pour « la traduction écrite et l’interprétariat oral » dans « un contexte judiciaire », car ces pratiques sont « encadrées par des règles strictes ».
L’impact sur le secteur graphique
Un autre métier où l’IA prend de plus en plus de place est celui de graphiste, « notamment avec les outils de création automatisée », explique notre IA interrogée. Pour certains, c’est leur vocation qui est ébranlée, avec parfois un chiffre d’affaires amputé de moitié. C’est le cas de Solenne, 29 ans, graphiste indépendante.
Montrant ses travaux sur sa page en ligne, elle défend la spécificité humaine : « Oui, l’IA peut faire, mais derrière, il n’y aura pas cette vision, ce grain, les textures, que moi j’apporte dans mes créations. Contrairement à avant, j’ai vu une forte baisse et je me suis demandé si je ne devrais pas me reconvertir, est-ce que mon métier sert à quelque chose ? »
« Photographes, vidéastes, graphistes, mannequins, on est tous dans le même package. »
Solenne, graphiste indépendante
Notre IA confirme que certains métiers dans la mode sont aussi touchés, où même la conception de designs et la création de patrons peuvent aussi être « influencées » par l’IA. Charlotte Lemay, mannequin depuis 15 ans, le confirme : « Très récemment, dit-elle, j’ai été appelée pour un shooting photo par mon agence. Et le matin même, on me dit : Charlotte, il n’y aura pas de maquillage, pas de coiffure et on va couper ton visage. On va le remplacer par un visage généré par l’intelligence artificielle. La seule chose qu’ils vont garder, c’est la silhouette avec les vêtements. »
« L’idée, pour eux, c’est de ne pas payer de droits à l’image, parce que, nous, c’est notre principale ressource de revenus. »
Charlotte Lemay, mannequin
« Par rapport au moment où j’ai commencé, je pense que les tarifs ont été divisés par trois, quatre, cinq, facilement« , déplore Charlotte. Et surtout, cela va pousser encore plus loin les standards de beauté qui sont déjà terribles. On va se comparer à des femmes qui n’existent pas et qui sont inatteignables. »
Selon la Commission de l’intelligence artificielle, qui a remis un rapport en 2024 au président de la République, les emplois directement remplaçables par l’intelligence artificiell
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