C’est l’une des conséquences de la guerre au Moyen-Orient : cette région stratégique dans l’approvisionnement en pétrole s’embrase, et les prix à la pompe s’affolent. Mais au-delà des aléas géopolitiques, comment sont (vraiment) calculés les prix du carburant ? Nous avons posé la question à une experte.
Contexte du Conflit
Le 28 février, les États-Unis et Israël sont entrés en guerre avec l’Iran. Depuis, des frappes aériennes et des bombardements secouent une région stratégique pour la production d’or noir. L’Iran réplique en bloquant le détroit d’Ormuz, un passage quasi incontournable pour le commerce mondial. Des événements qui se déroulent à des milliers de kilomètres de chez nous, et qui se répercutent pourtant de façon claire dans les stations-service de l’Hexagone. Derrière ce marché de matières premières ultra-dépendant des crises mondiales se jouent des dynamiques complexes.
Analyse de l’Expert
Blandine Ruty, secrétaire générale de l’UFIP (Union française des industries pétrolières) énergie mobilité, nous aide à y voir plus clair. L’organisme qu’elle représente regroupe les grands réseaux de distribution de carburants aux particuliers, à l’exception des grandes surfaces.
Augmentation des Prix à la Pompe
Depuis le déclenchement des hostilités dans le golfe persique, le baril de pétrole (l’unité de mesure du pétrole brut qui équivaut à 159 litres) a connu une augmentation de son prix. Coté 72 dollars le 27 février, son cours était fixé le 9 mars à 14 heures à 102 dollars. Soit une augmentation de 30 dollars en une semaine.
On a connu une semaine inédite sur les marchés. Une hausse de 30 dollars du baril de brut engendre une hausse de 15 centimes à la pompe.
« Il y a un effet psychologique sur les acteurs du marché en raison du conflit en cours », précise encore Blandine Ruty. « Le prix du baril reste cependant inférieur à celui qu’il avait atteint en 2022 au moment de l’invasion de l’Ukraine ».
Pour les consommateurs, il est cependant difficile de comprendre pourquoi le prix des carburants augmente si vite à la pompe.
Évolution des Coûts sur le Marché
En fait, le prix du carburant que l’on paye chez son distributeur dépend directement du marché de Rotterdam. Le prix du baril rend compte du prix du pétrole brut, mais la cotation du produit fini, ce que l’on met dans le réservoir, dépend de Rotterdam. Cette bourse est étroitement liée aux tensions internationales, et les crises orientent les prix à la hausse.
A Rotterdam, il y a eu des tensions aggravées sur le gas-oil, avec des variations de prix de 76%. Sur les produits liés à l’essence, la hausse a été de 22%.
Rotterdam est un marché qui obéit aux règles de l’offre et de la demande. L’offre pourrait baisser si la crise perdure, mais la demande, elle, a déjà augmenté en raison, notamment, des « pleins de précaution » faits par des automobilistes qui redoutent une pénurie de carburant. Pourtant, Blandine Ruty indique qu' »il n’y a pas de risque de pénurie, les approvisionnements sont diversifiés ».
En réalité, on trouve déjà dans les cuves des stations-service un mélange de carburant raffiné, acheté au dernier prix en cours à Rotterdam, qui se mêle à des carburants achetés auparavant.
Impact sur le Prix des Carburants
La France possède bien des stocks stratégiques pour 90 jours, mais il s’agit de pétrole brut qui n’est pas prêt à l’emploi pour les stations-service. Parmi les carburants, celui dont le prix augmente le plus est le gas-oil. Vendredi dernier, son prix moyen en France s’élevait à 1,953 euro le litre, contre 1,701 euro la semaine passée. Dans le même laps de temps, le prix du Sans Plomb 95 n’est passé quant à lui que de 1,708 euro à 1,791 euro.
Ce phénomène est plus sensible en France, notre pays étant l’un des plus gros consommateurs de gas-oil en Europe. Il ne faut pas oublier que ce carburant a de multiples usages, que ce soit dans l’industrie, le chauffage urbain ou individuel, les transports en commun et de marchandises ou encore la navigation.
Réseau de Distribution et Comportement des Consommateurs
Le prix de détail est également lié au réseau de distribution des carburants. Et là encore, la France a une particularité : « dans notre pays, 63% des volumes de carburant sont distribués par les réseaux de supermarchés », décrit Blandine Ruty.
Ici aussi il convient de distinguer les situations. Dans une station indépendante, loin de toute concurrence, le prix sera plus élevé que dans une zone où les distributeurs sont plus nombreux.
Dans une station indépendante, loin de toute concurrence, le prix sera plus élevé que dans une zone où les distributeurs sont plus nombreux.
Précisons par ailleurs que, dans la majorité des cas, les supermarchés font du carburant un produit d’appel, celui qui incite les consommateurs à faire leurs courses dans les grandes surfaces attenantes.
Enfin, le dernier élément à prendre en compte est notre propre lecture de la variation des prix que l’on paye à la pompe. Le consommateur a tendance à avoir une lecture « orientée » des phénomènes de variation de prix.
À la hausse ou à la baisse, les répercussions sur les prix de détail sont identiques mais on perçoit plus rapidement les augmentations que les baisses, car cela a un impact sur le pouvoir d’achat.
Perspectives d’Avenir
Il faut maintenant envisager la durée de ce phénomène de hausse sur les prix du pétrole et de nos carburants. La réponse est liée à la fin des tensions dans le golfe persique, à la reprise du trafic dans le détroit d’Ormuz.
